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Quelques Motifs de satisfaction...

Publié le 22/01/2008
Pas facile de se faire un place au soleil des librairies, quand on est un « petit » éditeur et qu'on se lance dans une collection de poche. Pourtant, la collection Motifs des éditions du Serpent à Plumes fête aujourd'hui ses quatorze ans avec un catalogue que pourraient lui envier bien des maisons mieux établies, tant les fautes de goût en sont absentes. Les libraires étant aussi des lecteurs, ils ont choisi pour vous leurs Motifs favoris.

Agonie d'Agapé, William Gaddis
"...et je dois travailler sur le, finir ce travail pendant que je, bon j'ai apporté..." le monologue ne finit pas ses phrases, déconstruit sa pensée, subit un corps malade et pourtant il persiste durant cent pages. D'un effrayant réalisme sur la transformation de l'artiste depuis la mécanisation des pianos, William Gaddis entame sa dernière course, à nous couper la respiration.

La verrerie, Menis Koumandareas
La famille de Béba, c'est son entreprise, son mari, ses deux employés, son pays. Sa quiétude est là mais l'équilibre est fragile. Avec une verrerie qui périclite, un mari dépressif, des ouvriers improductifs et une "Skoda" en panne, le courage de Béba et sa résistance nous offre une femme des plus attachante.

Le peintre et le pirate, Hadziaryiris Costas
Quel étrange destin que celui de l'ancêtre de Costas, pirate cruel et sanguinaire qui se transforme en créature du bon dieu, psalmodiant d'éternelles prières en latin. Finis les "sabrages" intempestifs, les supplices "au sac" ! Le fanatisme religieux se substitue alors à l'abordage, et la frégate se nommera la "Vierge Marie". Une histoire vraiment loufoque où les vertus sont aussi monstrueuses que les vices et où la dérision cachait la réalité douloureuse de la Grèce des années 50.

Les fourmis d'Anvers, Alain Defossé
Ces fourmis là sont les pensionnaires, toutes de noir vêtues, d'un orphelinat d'Anvers. Micheline, la narratrice et sa soeur y ont échoué parce qu'elles ont "perdu" leurs parents non pas dans un accident mais dans un divorce (événement rare en 1931). A l'écart du monde, le temps morne et figé n'est rempli que par l'attention extrême portée "aux choses" de l'environnement physique qui prennent ici une importance démesurée mais pleine de poésie.

Je suis vivant dans ma tombe, James Purdy
"Autant le dire tout de suite : à cause des blessures que j'ai reçues à la guerre du Pacifique, mon aspect physique est tel que tout le monde est révulsé à ma vue, au point de vomir ou même de s'évanouir". Voilà commence se présente Garnet Montrose, le personnage principal de ce livre. Homme meurtri dans son corps, rejeté par les autres, voué à la solitude. Dans ses tentatives pour exister, malgré tout, Garnet lit, écoute de la musique, perçoit avec une acuité particulière le chant des oiseaux, le fracas de l'océan, écrit à la femme qu'il aime des lettres qui restent sans réponse, et recherche quelqu'un pour veiller sur lui. Un livre qui se lit comme un brûlot sur l'état de désespérance, transcendé par la langue de James Purdy, où se mêlent beauté et cruauté - dont l'écho résonne longtemps dans l'esprit du lecteur.

Les ombres sur la peau, Jennifer Johnston
Joe est un jeune garçon un peu rêveur, pas du tout doué pour les mathématiques mais profondément passionné par la poésie. Un jour il fait la connaissance de Kathleen, une jeune institutrice fantasque, pour qui il aura de forts sentiments. Mais la quiétude de cette petite bluette se trouve entaché par le contexte politique : nous sommes en Irlande du Nord, dans les années 1970, où la guerre civile fait rage. De plus, le retour du frère de Joe, homme peu sympathique et membre d'une organisation terroriste, va ajouter une tension supplémentaire. Un des plus beaux romans de Jennifer Johnston, écrit avec une finesse de touche exemplaire et beaucoup de sensibilité.

Pfitz, Andrew Crumey
Un Prince consacre sa vie à créer des villes imaginaires. Pour cela, il appelle tous ses sujets à collaborer à ses projets un peu fous. Un de ses subordonnés, Schenck, qui travaille comme Cartographe, tombe amoureux d'une jeune et belle Biographe, engagée pour écrire la vie d'un Comte. Pour l'approcher, Schenck se lance sur les traces de Pfitz, le serviteur du Comte. Un conte philosophique assez déroutant, où rêve et réalité se confondent avec brio, et qui nous interroge sur les statuts de l'imaginaire et de la création.

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