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Un continent vieux de dix ans : Continents noirs

Publié le 10/02/2010
Créée par Jean-Noël Schifano en janvier 2000, cette collection unique en son genre fête dix années de découvertes et d'engagements
Il n'est pas exceptionnel que, de temps à autre, on nous fasse perfidement remarquer que cette collection pèche par où elle veut servir puisqu'il est impossible d'y entrer si on n'est pas noir…Juste retour des choses ? C'est bien le signe en tout cas que Continents noirs appuie sur un manque réel dans la vastitude de l'édition française en conjuguant exigence littéraire et approche géographique plus que linguistique : s'y retrouvent en effet des francophones, des anglophones, des lusophones et des hispanophones.

L'anecdote veut que ce soit à l'issue d'un voyage en avion vers le Gabon qu'Antoine Gallimard décida après une longue conversation avec Jean-Noël Schifano de se lancer dans cette aventure éditoriale : « On s'est demandé s'il y avait un grand fleuve africain qui jetait sur la Seine le puissant courant d'écritures africaines » se souvient ce dernier. La réponse s'est imposée avec un souci d'être méthodique là où on improvisait jusqu'alors de façon désordonnée. Dans la tradition de Gallimard il y a souvent eu ce souci d'identifier un courant pour en révéler les forces. Que l'on se souvienne des Russes découverts par Aragon (un peu oubliés avouons-le…) ou de La Croix du Sud de Roger Caillois et de sa postérité impressionnante. On souhaite à Continents noirs un tel destin.

Au tout début de l'année 2000 c'est cinq romans qui nous parvinrent ainsi pour imposer d'entrée une volonté de visibilité. Et pour bien ancrer dans une continuité nous avons droit à la réédition d'un des grands classiques africains dont L'Ivrogne dans la brousse d'Amos Tutuola un nigérian traduit par Raymond Queneau (en 1953). C'est le signe que l'on s'inscrit dans une filiation, et pourtant, très vite, c'est toute une génération de jeunes auteurs qui s'impose dans ce catalogue qui refuse l'idée de sanctuarisation. La grande idée de la Négritude a laissé la place à un kaléidoscope plus complexe où l'intime se marie à l'identité sans que l'un prenne le dessus et comme le décrit Henri Lopes, un pilier de cette littérature, l'originel, l'universel et le singulier s'intriquent désormais étroitement.

Mauricien comme Natacha Appanah-Mouriquand (qui désormais poursuit une belle carrière à L'Olivier), Gabonais comme Justine Mintsa (et on notera le fort pourcentage d'auteurs féminins dans la collection), Djiboutien comma Abdourahman Waberi, Rwandais comme Scholastique Mukasonga, Congolais comme Henri Lopès, ou Koffi Kwahulé, Togolais comme Théo Ananissoh, Malien comme Aly Diallo, Sénégalais comme Sylvie Kandé, Réunionnais comme Pascal Bejannin, Camerounais comme Mongo Beti, Eugène Ebodé, Gaston-Paul Effa ou Patrice Nganang, Angolais comme José Eduardo Agualusa, tous ses auteurs, tellement différents, trouvent à s'unir sous la belle couverture où une poignée de latérite semble éclabousser par mégarde une page blanche (belle et forte image) : c'est la même terre mais c'est à chaque fois une forme différente.

La richesse de la littérature africaine devrait permettre d'alimenter encore longtemps ce riche continent auquel nous souhaitons un bel anniversaire.
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