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Jacqueline du Pasquier

Publié le 01/01/2014
La miniature : portrait de l'intimité, aux éditions Norma
Il s'agit avant tout d'une histoire destinée à un large public, dans le but de faire comprendre ce qu'est véritablement et sous toutes ses formes la miniature de portrait, exécutée d'abord sur vélin puis sur ivoire et sur papier, du début du XVIe siècle où elle apparaît pour la première fois en Angleterre jusque dans les dernières années du XIXe siècle qui voit son extinction progressive.
Loin d'être uniquement une « peinture en petit » bonne à ranger parmi les bibelots, la miniature, dotée d'une véritable spécificité, est une œuvre à part entière. En raison précisément de ses dimensions réduites, elle a tenu un rôle majeur dans l'histoire de la société et...des sentiments. Facilement cachée, offerte ou dérobée, tenue sur soi, échangée entre amants, parents ou amis, elle fut le précieux témoignage des sentiments, l'image-souvenir indispensable lors d'une séparation, et après la mort, elle est alors souvent multipliée. Montée en bijou, présente sur ou à l'intérieur d'une boite ou dans un écrin pour échapper aux regards indiscrets, accompagnée des cheveux de l'être cher, elle fut ardemment aimée. La littérature et la peinture en témoignent abondamment.
La miniature apparaît en Angleterre, à la cour des Tudors où elle tient, notamment sous le règne d'Élisabeth Ière un rôle, indispensable à la politique, de célébration de la personne royale. Liée à la littérature et à la poésie, elle acquiert un sens savant et emblématique. Elle est aussi le cadeau diplomatique échangé entre les souverains mais sa connotation demeure toujours sentimentale. A partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, elle est peinte sur ivoire et connait alors un engouement qui se répand en touchant toutes les classes de la société et que la Révolution puis les guerres napoléoniennes ne feront que généraliser.
Ces rôles divers sont abondamment décrits, accompagnés d' une évocation des artistes les plus talentueux et originaux qui ont pratiqué cet art, en Angleterre, en France et dans toute l'Europe où la miniature règne en maîtresse jusqu'au milieu du XIXe siècle. Entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, son « Age d'or », elle est relayée par le physionotrace, gravure de portrait en petit, puis par la miniature sur porcelaine dure qui se développe et se perfectionne durant la première moitié du XIXe siècle. A partir de 1850 environ, la photographie remplacera peu à peu la miniature qui, avant de céder sa place, tentera d' adopter le style de ces nouveaux portraits.

Très abondamment illustré cet ouvrage a le mérite, qui devrait intéresser également les spécialistes, de faire découvrir des œuvres inconnues d'une grande qualité provenant de collections privées et de dévoiler quelques chefs-d'œuvre, jusqu'à présent non encore publiés, à Paris, du musée des arts décoratifs et de la collection de Frits Lugt ( Fondation Custodia). Les musées étrangers, les musées anglais, notamment le V&A Museum, le Metropolitan de New York, à Paris, le musée Cognacq -Jay et le musée des Arts décoratifs de Bordeaux ont également été sollicités. « Pays du souvenir et des sentiments »comme l'intitule l'écrivain et historien Emmanuel de Waresquiel qui le préface, ce panorama du petit portrait dans tous ses états est accompagné de textes dus à trois spécialistes. Claude Tanner, délicate restauratrice des petits portraits sur ivoire, donne des conseils pour leur conservation et leur restauration. Fabienne Xavière Sturm, conservateur honoraire du musée de l'Horlogerie à Genève, publie avec le carnet d'atelier de Louis-Ami Arlaud-Jurine, les recettes d'un des meilleurs miniaturistes genevois, et Chantal Bouchon, conservateur du Cabinet des dessins au musée des Arts décoratifs de Paris, évoque la personnalité d'un grand collectionneur et donateur, Jacques Lefebvre de Viefville.


Jacqueline du Pasquier est historienne de l'art et conservateur en chef honoraire du Patrimoine, responsable durant de nombreuses années du musée des Arts décoratifs de Bordeaux qu'elle a eu le privilège de réaménager entre 1981 et 1984. Sa thèse d'université, Pierre-Edouard Dagoty 1775-1871 et la miniature bordelaise au XIXe siècle a été publiée à Chartres, ed. L.A.M.E. en 1974. Auteur de nombreux catalogues et ouvrages consacrés aux arts décoratifs plus spécialement bordelais, au design, à la céramique et au verre. Depuis 2003, elle dirige la Revue de Sèvres.

Bibliographie