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Thomas Benatouil

Publié le 01/01/2014
Les derniers stoïciens...
Épictète (50-130) et Marc Aurèle (121-180) sont les derniers mais les mieux connus des stoïciens de l'Antiquité. Né vers 300 avant Jésus-Christ, le stoïcisme, fondé par Zénon de Kition à Chypre, a dominé la scène intellectuelle grecque puis romaine, influencé les idées sociales et politiques durant cinq siècles. Son enseignement repose sur une tripartition de la philosophie en physique, éthique et logique. Mais les ouvrages de la grande majorité des auteurs stoïciens ont été perdus : on ne les connaît que par ce que d'autres auteurs rapportent d'eux. Pour Épictète et Marc Aurèle, qui ont vécu aux Ier et IIe siècles après Jésus-Christ, leur pensée a été préservée grâce à des disciples qui ont mis par écrit leur enseignement (pour Épictète et Musonius) ou conservé (pour Marc Aurèle) le journal philosophique qu'il tenait et qui constitue l'une des œuvres littéraires et intellectuelles les plus singulières de l'histoire, non seulement parce que son auteur était l'empereur de Rome mais aussi par son style et son approche de la philosophie.

Le stoïcisme impérial est souvent réduit soit à un résumé des premiers stoïciens, soit à une philosophie purement éthique, qui aurait délaissé toute spéculation logique et cosmologique. En réalité, ces stoïciens-là se concentrent sur la dimension pratique et pédagogique de la philosophie. Ils se demandent ce que signifie concrètement « être stoïcien » : s'agit-il seulement d'adhérer à certaines thèses ? S'agit-il aussi de les appliquer ? Comment les mettre en œuvre dans notre vie quotidienne ? Rares sont les philosophes, même dans l'Antiquité, qui traitent sérieusement des questions d'intendance intellectuelles !

Si Épictète et Marc Aurèle ne négligent pas les démonstrations des principes, ils montrent qu'elles ne suffisent pas. Et cela ne concerne pas seulement l'éthique. Comprendre la physique suppose de voir le monde à travers ses principes. Maîtriser la logique exige d'appliquer ses règles, quel que soit le sujet. Ce dernier stoïcisme a influencé discrètement mais de manière décisive des auteurs aussi divers que Montaigne, Spinoza, Shaftesbury, Kant, Nietzsche, Deleuze ou Foucault.

Thomas Bénatouïl est maître de conférences à l'université de Nancy, spécialiste de philosophie antique, en particulier du stoïcisme. Il a publié Le Scepticisme (1997), Matrix, machine philosophique (2003, avec A. Badiou, E. During, P. Maniglier, D. Rabouin et J.-P. Zarader), Faire usage : la pratique du stoïcisme (2006).

Bibliographie