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Cet imagier qui a bercé notre enfance

Publié le 25/03/2009
La Bibliothèque de Bordeaux organisait il y a peu une journée professionnelle sur les imagiers, voici une synthèse (libre !) de ce qui s'y est dit...
Aujourd'hui, l'imagier est un objet très répandu. Il désigne un livre d'images destiné aux enfants afin de les familiariser avec leur environnement. Pourtant, dans sa définition actuelle, ce terme est très récent. A l'origine, un imagier est « une personne qui crée des images ». Et c'est tout bonnement Paul Faucher, le créateur du très fameux imagier du Père Castor, qui a inventé le terme dans son sens actuel. Petit retour sur la naissance de ce livre mythique...

L'ancêtre : l'imagier du Père Castor
Il y a presque 80 ans que les albums du Père Castor sont nés aux éditions Flammarion. Cette collection est au départ le fruit d'une réflexion éducative et non éditoriale. Paul Faucher avait l'ambition de faire connaître des mouvements d'éducation nouvelle. L'idée est de créer des ouvrages adaptés aux capacités réelles des petits, toujours accompagnés d'une notice explicative à destination des parents et éducateurs. Le choix même du nom « Père Castor » s'inscrit dans cette démarche puisque le castor est un animal laborieux, créateur et capable de modifier son environnement.
En 1952, sort le premier imagier du Père Castor. Quatre ans de travail sont nécessaires à l'élaboration. Adressés aux enfants de 18 mois, ils ont deux buts : donner à voir des images aux enfants pour qu'ils apprivoisent leur environnement immédiat et inscrire le nom de ces objets pour qu'ils développent le langage et, à terme, la lecture.

Le Père Castor est fait à partir d'images de commande : on demande à des illustrateurs de représenter les objets du quotidien. Les illustrations doivent permettre sans ambigüité la reconnaissance. Elles transmettent des émotions, une vision claire et sensible sans pour autant être une copie de la réalité ni être trop conceptuelles (en effaçant les détails). Enfin, la forme de l'ouvrage (long et étroit) est adapté à la main de l'enfant afin de faciliter la manipulation.

En 2009, la recette est toujours la même et fonctionne encore. Bien sûr, le Castor a évolué au fil des ses nombreuses rééditions : les dessins se sont modernisés mais restent dans la même lignée. Les thématiques n'ont guère changé mais varient en fonction des évolutions de la société. Les mots choisis correspondent aux avancées sociales et technologiques. Ainsi, par exemple, dans les années 70, le monde rural a peu à peu disparu pour laisser une place plus importante à la ville, la télé est apparu au détriment de la lessiveuse et le pot a remplacé le pot de chambre. Ce sont autant d'évolutions qui ont permis à cet imagier de maintenir sa place dans les rayonnages des librairies. En outre, grâce à Paul Foucher, on a pu déterminer un réel intérêt pédagogique à ces ouvrages.

L'imagier, une aide au développement
Nous savons désormais que le bébé a des capacités cognitives : l'environnement et la stimulation à partir d'imagiers lui apportent beaucoup. Il perçoit des images et les mémorise. Bien-sûr, à chaque âge correspond des facultés auxquelles il faut adapter la difficulté des images. D'un point de vue physiologique, on sait que la vision n'est pas optimale avant quatre ans et que le champ de vision est au départ très réduit. C'est pour cela qu'il faut présenter les ouvrages assez près des petits et surtout choisir des images adaptées à ses capacités. Par exemple, avant deux ans, il a du mal à voir une image étalée sur deux pages car il n'en voit que le milieu.

L'imagier permet de développer la catégorisation car il donne accès au concept : de « roses », « tulipes » et « pâquerettes » on arrive à « fleurs ». D'où l'importance de choisir des images que l'enfant reconnaît facilement.
Celui-ci est sensible aux couleurs mais de même que pour la vision, la distinction n'est pas immédiate. Là encore, les imagiers permettent d'affiner la reconnaissance des couleurs et des formes.
Enfin, pour que l'enfant prenne du plaisir, il faut qu'il reconnaisse ce qu'il voit (tout au moins une partie). Ainsi, on veillera à réitérer les images et à alterner des nouvelles avec des anciennes.

Né comme un outil pédagogique, c'est tout naturellement que l'on pense « imagier » pour développer langage et lecture chez nos petits. Néanmoins, les avancées effectuées en terme d'esthétique en font aussi d'excellents ouvrages pour initier les enfants à la lecture de l'image.

(à suivre...)
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