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Ecrire en crise

Publié le 30/10/2008
Comme chaque forme d'expression artistique, la Littérature transforme le réel pour lui trouver un sens. En période de crise et alors que tout le monde ne bruit plus que de cette rumeur inquiétante, il nous a paru utile de faire un petit retour en arrière, rapide, sur ce que la dernière grande Crise économique a pu avoir comme impact sur les écrivains. Le sujet est vaste, petit aperçu...
De toute évidence, la crise de 1929 a fortement marqué les esprits de l'époque et les écrivains se sont naturellement fait les porte-paroles d'une génération d'hommes qui ont vu leur quotidien bouleversé par la Grande Dépression. Dans la mesure où les Etats-Unis font partie des pays les plus affectés, il n'est pas surprenant que leur production littéraire porte le sceau de cette période extrêmement noire s'il en est. On distinguera cependant deux réactions opposées dans les cercles littéraires. Tandis que certains n'ont pu faire autrement que d'intégrer la crise dans leur oeuvre et de l'utiliser comme ressort narratif, abordant des thèmes comme le chômage, la misère, la violence ou encore la décadence, d'autres ont préféré faire abstraction du contexte pesant de l'époque (tel est le cas d'écrivains comme Pearl Buck ou encore Margaret Mitchell). Nous allons bien évidemment mettre l'accent sur les premiers, tout en remarquant que la Grande Dépression n' a pas influencé uniquement le genre narratif traditionnel. On pourra voir ensuite qu'en Europe et notamment en France l'écho, plus tardif, s'est manifesté différemment.

Comment évoquer l'impact de la crise de 1929 sur la littérature américaine sans commencer par John Steinbeck et ses célèbres romans Des souris et des hommes (1937) et Les raisins de la colère (1939) ? Le premier raconte la tragique histoire de George Milton et Lennie Small, deux fermiers qui ont dû émigrer en Californie pour trouver du travail à cause de la crise économique. Quant au second, il s'agit d'une véritable saga retraçant l'odyssée d'une famille de paysans contrainte de quitter l'Oklahoma et d'aller chercher du travail en Californie, comme tant d'autres au même moment. Les Joad sont effectivement sans le sou à cause d'une conjonction de facteurs où la Grande Dépression partage cette fois-ci la vedette avec le Dust Bowl (de terribles tempêtes de poussière). Notons qu'un roman moins connu, En un combat douteux (1936), trouve tout autant sa place dans notre bibliographie étant donné qu'il met en scène deux communistes radicaux dans leur rôle au sein d'une grève dans les années 1930. Il plonge donc le lecteur dans le monde des ouvriers américains dans la morosité de la crise de l'entre deux guerres.

Le personnage principal de En avoir ou pas (1937), de Ernest Hemingway, un dénommé Harry Morgan, n'est pas fondamentalement mauvais. C'est juste qu'il est plus ou moins forcé de travailler dans le marché noir (il fait de la contrebande entre Cuba et la Floride) à cause de forces économiques qui le dépassent complètement.

L'histoire du célèbre roman de Harper Lee intitulé Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (1960)  se déroule au coeur de la Grande Dépression, dans une une petite ville fictive de l'Alabama. C'est là que grandissent, un peu en marge, la très jeune narratrice Scout et son frère aîné Jem. Leur père, Atticus Finch, veuf, avocat de son état, doit défendre un Noir, Tom Robinson, qui risque la peine de mort suite aux accusations de viol dont il fait l'objet.

Bien qu'il ne soit pas disponible actuellement (mais quelques rééditions témoignent d'un vrai regain d'intérêt pour un auteur très lu après-guerre), nous citerons La route au tabac, qu'Erskine Caldwell  a écrit en 1932. Son histoire se situe en plein dans les années les plus noires de la Grande Dépression. Il met en scène les Lester, une famille de fermiers blancs sans terre, complètement ruinée à cause de la crise et de l'industrialisation.

Louons maintenant les grands hommes de James Agee avec de sublimes photos de Walker Evans est une véritable oeuvre littéraire, puissante et défiant le temps qui raconte la vie de trois familles de métayers d'Alabama en 1936, aux portes de la misère. Une véritable leçon de littérature en même temps qu'un reportage inégalé sur les conséquences de la Grande Crise.

Très connu, grâce au film qu'en tira Sydney Pollack, Horace Mc Coy a donné à cette époque son épopée la plus poignante avec On achève bien les chevaux (1935) :  les primes offertes aux marathoniens de danse attirent jeunes et vieux accablés par la misère. Robert et sa partenaire Gloria dansent à en devenir fous. Ils tiendront coûte que coûte, au risque que la mort les sépare. Dénonciation de la corruption et de l'aspect frelaté du rêve américain, ce roman a marqué toute une génération.

Bien qu'il ne soit pas disponible à l'heure actuelle, on mentionnera également Un fils de l'Amérique (1963), de Nelson Algren connu en France pour ses amours avec Simone de Beauvoir, qui évoque le voyage au bout de l'enfer d'un laissé-pour-compte de l'Amérique durant la crise de 29.

On n'oubliera pas non plus les romans prolétaires de Jack Conroy (The Disinherited, 1933 ; A world to win, 1935, etc.), ceux de Albert Halper, qui traitaient souvent de la misère des ouvriers, et les articles et romans de Meridel Le Sueur (The Girl, écrit en 1939 mais publié seulement en 1978), ou encore les romans de Nathanael West  (par exemple L'incendie de Los Angelès, 1939).

Notons enfin que la Grande Dépression continue à inspirer des générations d'écrivains qui ne l'ont pourtant pas vécue. On pensera ici à des auteurs tels que Anita Shreve (née en 1946), dont le roman La maison du bord de mer raconte les déboires d'un jeune couple dans les années 1929-1930. C'est également le cas de Mary McGarry Morris (née en 1943) et de son roman intitulé Une douloureuse absence, dans lequel deux tout jeunes enfants se retrouvent seuls après la crise de 1929, leurs parents s'étant enfui chacun de leur côté.


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Image : Henry Fonda dans Les raisins de la colère, de John Ford (1940)
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