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Philippe Jaccottet, « une richesse cachée dans les verdures assombries »

Publié le 14/05/2013
Un demi-siècle de notes sauvegardées comme autant de « taches de soleil ou d'ombre » qui nous transportent, ravis, dans le prolongement de l'œuvre d'un des plus grands poètes de notre temps.
En marge des trois Semaisons livrées entre 1986 et 2001 chez Gallimard, Philippe Jaccottet a choisi de rassembler, de son vivant, des fragments inédits issus de ses carnets tenus entre 1952 et 2006. Certaines notes contiennent en germe l'idée du poème futur, en tissent un écho qui rivalise de beauté avec lui, comme en témoigne ce rapprochement entre éros et nature, daté du 6 mai 1972 :
« La peau lisse encore de l'épouse
- et le chant de l'oiseau que nommer altère, qui vous vient par rafales, si beau de s'élever dans l'obscurité de la nuit. »


Ces fulgurances métaphoriques dont Philippe Jaccottet a le secret côtoient des réflexions d'ordre plus personnel, des récits de rêves, des notes de voyages ou encore des pauses contemplatives liées à son extrême attention à l'espace qui l'entoure, en arpenteur inlassable et émerveillé de cette nature depuis son fameux refuge de Grignan, au cœur de la Drôme provençale :
« Couleurs : terre des champs moissonnés quelquefois rose comme de la poudre de cacao ; les deux verts, selon que les feuilles sont jeunes ou vieilles, des caroubiers ; les prés blondissant et surtout le jaune des blés moissonnés et de celui qu'on voit au centre de l'aire, le soir, quand le soleil ne brille plus ; du miel dans du miel… et c'est encore tout autre chose, pourtant. » relève-t-il en plein été 1958.
Cette « intensité de présence » au monde contraste avec des méditations plus longues et graves, révélant la perte d'intimes dont sa mère le 28 mai 1974 sans oublier celle d'autres proches, souvent poètes eux-mêmes : Jean Tortel en mars 1993, André du Bouchet le 19 avril 2001.

Ses précieuses amitiés, ses nombreuses lectures et son immense tâche de traducteur (rappelons que Jaccottet a notamment traduit Homère, Rilke, Musil, Ungaretti, Hölderlin…) essaiment dans cette trentaine de cahiers d'écolier où affleurent ses réserves envers Voltaire, Maurice Blanchot, René Char (rencontré une unique fois en 1975) ou à l'encontre des « phraseurs » Camus, Mauriac ou Gide décriés dès 1958. Les maîtres du haïku (Issa, Bashô), ou encore François Villon, Paul Claudel, Henry James, John Keats, Goethe, Paul Valéry, Paul Celan (admirablement traduit par Mandelstam), mais aussi Yves Bonnefoy et Pascal Quignard ont ses préférences. Les commentaires qu'ils suscitent résonnent dans ces notes comme des tentatives de cerner un idéal d'écriture. Comme si tout se répondait, sa démarche poétique fait écho à sa vision de l'existence puisque la nature contemplée, les auteurs aimés et sa création personnelle oscillent depuis plus d'un demi-siècle entre l'étincelle de la révélation, cette « ébriété lumineuse » (les « taches de soleil » du titre) et le voile de la douleur ou de la pudeur (« les taches d'ombre »). Chez Jaccottet, l'homme se tient discrètement derrière le poète, celui qui fait surgir de la banalité et de la nudité des mots la beauté inédite de l'instant : « On marche ainsi entre le secret et l'aveu, la retraite d'ombre et le risque, et c'est cette double possession qui est belle. »

Image (c) Erling Mandelmann

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