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Vendanges littéraires (2)

Publié le 19/09/2003
Parmi les quelques 700 romans parus en ces mois d'automne, certains, évidemment, se détachent du lot. Isabelle, Martine, François et David, libraires du rayon Littérature, ont lu et choisi pour vous...

Le Fanatique
James Robertson, Métaillié

Les fanatiques furent considérés au XVIIe siècle en Ecosse comme de dangereux contrevenants à l'ordre établi par l'Angleterre. La plupart furent exécutés par pendaison après avoir fourni des aveux sous la torture. Un évident parallèle est ici à faire avec l'inquisition espagnole. L'insurrection de ces fanatiques qui n'obéissait qu'aux ordres de leur Dieu, plus catholique que protestant, éclaire en grande partie ce roman qui fourmille néanmoins de micros biographies dont celle étonnante du major Weir condamné pour les péchés ignominieux d'inceste et de commerce de même nature avec les animaux. Cette figure désormais légendaire d'Edimbourg continue aujourd'hui encore à effrayer les touristes grâce au stratagème d'un guide en quête de toujours plus de sensations et qui par un coup de génie embauche la figure malingre mais pas moins inquiétante d'Andrew Carlin. Cet étudiant en histoire accepte par le biais d'une ancienne connaissance d'université de remplir le rôle du fantôme du dit major Weir dans les rues tortueuse du vieil Edimbourg. L'impact est saisissant, Carlin est un fantôme plus vrai que nature d'autant plus qu'il est habité par des pensées plus sombres encore que les rues qu'il vient hanter la nuit venue. Dès lors sa curiosité pour l'Histoire l'amènera à se pencher sur la vie du major qu'il incarne furtivement. Il découvrira également l'existence, plus énigmatique encore, de James Mitchell qui attenta à la vie du représentant de la cour d'Angleterre et dont les aveux ne furent jamais complètement prouvés.

Ces affolantes histoires dont on ne peut soupçonner l'édifiante réalité attestent la virtuosité narrative d'un formidable romancier qui nous entraîne d'un siècle à l'autre au coeur de l'intimité de chacun des protagonistes avec une aisance et une multiplicité de talents absolument confondante. Merci encore à l'éditeur pour cette stupéfiante découverte.

François Boyer

 

Colonie
Frédérique Clémençon, Minuit

Dans ce roman au parfum de nostalgie, un homme vieillissant auprès de sa mère, ressasse le passé colonial de son père parti chercher fortune dans le Congo des années 20 et retrouvé assassiné. L'abandon du père renvoie à l'image de deux êtres retranchés dans la plus grande des solitudes.

Martine Borderie

 

Eldorado 1934
Patrick Boman, Arléa

C'est un petit roman, décoré l'air de rien par une vignette du douanier Rousseau, on y subodore des senteurs de jungle, de la moiteur d'avant-guerre, un rien de désuet voire de charmant...Eh bien non, ce bouquin de moins de cent pages est coupant comme une machette, profilé comme une pirogue malmenée par des remous, traversé d'éclairs de violence. Il ressemble à ce continent mal conquis qu'est l'Amérique du sud, ce lieu où toutes les folies peuvent s'épanouir et s'étouffer. Y errent les ombres de guerriers qui s'entretuent au nom d'un combat incompréhensible face à un fleuve qui les dévore les uns après les autres. Noël approche, l'Europe est agitée de soubresauts inquiétants, la Bête se réveille et entame son hurlement, et loin, perdus ou abandonnés, des hommes tentent d'échapper au cauchemar. La singularité tranchante de ce court opus illuminé par la noire lumière d'une écriture forte vaut que l'on s'arrête devant lui, il confirme le talent d'un écrivain encore trop peu lu.

David Vincent

 

Des démons sur les épaules
Elizabeth Rosner, Mercure de France

Elizabeth Rosner, surtout connue comme poète aux Etats-Unis, nous offre son premier roman, un roman à troix voix.
Un frère et une soeur, en souffrance, endoloris par le silence de leur père tentent de trouver les pièces manquantes à cette histoire vécue comme un secret de famille.
Jullian, scientifique s'enferme dans ses règles et se remplit d'images devant les 11 téleviseurs empilés dans son appartement (pourquoi 11?). Paulla quant à elle est devenue chanteuse à l'opéra, convaincue "d'etre emplie de lumière".

Ce secret, ces non-dits n'ont d'autres raisons que la douleur que ce père a tu pour s'eloigner de sa Hongrie natale, d'Auscwhitz ou il a été déporté

La troisième voix est celle de Sola " à la couleur de cola",jeune femme qui a fui une dictature quelque part en Amérique centrale.

Grace à sa poésie, l'auteur tout en exaltant notre sensibilité nous rend témoin de la Shoah, elle nous dit aussi que ces faits ne sont pas définitifs, comme figés dans le passé.C'est un livre qui nous laisse de fortes impressions.

Isabelle Bossard

 

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