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1914-1918, dans le souvenir de leurs lettres

Publié le 10/11/2008
"…Assis sous trois planches recouvertes de terre, couvert d'une carapace de boue, et, exactement, à 79 mètres des allemands, je t'écris…"

De Roger Martin du Gard aux romanciers d'aujourd'hui la guerre de 14-18 a suscité une importante littérature de guerre. Elle est  très vite devenue écriture pendant le conflit ainsi que dans les années qui suivirent.

Pouvait-on écrire après la Marne, Verdun ou le Chemin des dames ? C'est une question que ni les combattants-témoins, ni les écrivains-combattants, ni les écrivains ne se sont jamais vraiment posée. Tous on contribué à la nécessaire transmission d'une histoire brutale, injuste et absurde.

De cette production, nous connaissions surtout les textes décrivains ou d'écrivains-combattants.

Ces derniers, comme Henri Barbusse, Roland Dorgeles, Maurice Genevoix ou les poètes commes Apollinaire ou Blaise Cendrars donnaient alors une description plus réaliste, moins "patriotique", de la vie et des souffrances des soldats.

Mais, il y avait aussi tous ces poilus qui bravaient l'oubli dans leurs lettres et carnets et pour qui l'écriture était un provisoire échapatoire ; une force de résistance face à une action qui envahissait tout :

"Je t'écris au bruit du canon allemand. Impression ? Nulle.Ca ne fait pas plus de tapage qu'aux manœuvres…"

"Ici, en plus des balles, des bombes, des obus, on a la perspective de sauter à cent mètres enl'air d'un instant à l'autre…"

Qui sont ces soldats ? Pour beaucoup des agriculteurs qui n'ont aucune culture géopolitique. Ils s'inquiètent de savoir qui va moissonner, qui va vendanger.

Sur 8 millions de jeunes hommes mobilisés, beaucoup écrivent trois ou quatre fois par jour.

Sans effet littéraire, ni poétique, leur vocabulaire simple et juste embrasse tout : les soldats, l'ennemi, les cheveaux ; chacun des moments où une vie forte s'en va sur l'herbe, dans la boue, sur une civière, sous la terre.

Leur style est comme porté par une force surnaturelle vers cette autre rive, face à eux, où conduit l'agonie et d'où semblent venir, aussi, les lointains souvenirs de l'enfance, l'ombre d'une main apaisante et le sourire d'une mère.

Leurs textes parlent d'abord d'un retour proche puis de faux espoirs en faux espoirs ; de dernières batailles en dernières batailles, ils finissent pas ne plus prévoir la fin de la guerre.

D'un talent d'écriture modeste, ces lettres nous fascinent :

écrites dans le feu de l'action, en appui sur des sacs de sable, debout le corps adossé à la glaise de la tranchée, dans la "guittoune", dans le mauvais temps.

"…Je me suis arrêté car la pluie transformait ma lettre en bourbier…"

 Et c'est bien de cela qu'il s'agit, d'un bourbier : celui dans lequel les corps s'engluent, celui de l'écriture et de la retranscription de l'indicible, celui des ordres et des contre-ordres, celui des espoirs déçus.

"Je vais donc remonter mon sac, relire vos lettres et si possible écrire tantôt ; mais la faction, le jour si court, la perspective de quarante-huit heures de tranchée…Enfin, je vous embrasse…"

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