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2006 : année du désert

Publié le 23/01/2006
Tous les lecteurs d'une façon ou d'une autre font l'expérience d'un "désert" le plus souvent intérieur où le dénuement et l'immensité permettent de revenir à soi. Certains vont jusqu'à franchir les frontières pour s'y frotter, juger de leurs limites : parmi des écrivains et leurs livres en voici quelques uns.

'ONU a choisi l'année 2006 comme celle "des déserts et de la désertification". Signée il y a dix ans une Convention sur la lutte contre la désertification tente de rassembler les énergies. C'est cet anniversaire qui nous servira de prétexte à ce dossier, cette mise en avant d'une zone qui intéresse de près la littérature et depuis longtemps, même si c'est le plus souvent dans le dessein d'une quête intérieure que d'un véritable combat.

Pour beaucoup le mot désert évoque immédiatement de longues étendues de sable, la vastitude d'un territoire changeant sans cesse et brûlé par un soleil impitoyable tandis qu'au loin une caravane passe... Mais c'est oublier vite ces régions du Grand Nord ou de l'Antarctique où l'eau se réduit à de la glace, ces vastes steppes de l'Asie centrale où le froid règne. Ces espaces ont en commun que la vie y est très difficile et l'Homme y doit sans cesse lutter, soit qu'il faille remédier à l'absence de végétation, soit qu'il faille combattre ce phénomène qui fait qu'il s'évapore là plus d'eau qu'il n'en tombe. Les régions arides couvrent près du tiers de la surface du globe quand les régions cultivées n'en représentent que le dixième.

Nous avons demandé à Chantal Detcherry, auteur d'un remarquable roman que nous avons défendu (Riches heures, Fédérop, 2005) de bien vouloir orner notre petit dossier d'une vision littéraire de ce territoire, texte inédit que nous avons le plaisir de vous inviter à parcourir avant de découvrir notre bibliographie commentée et sélective de quelques ouvrages importants de notre rayon Voyages.

Approches du désert

Désert. On ne peut s'avancer dans ces territoires du vide qu'en étant soi-même prêt au dépouillement, sachant que le sable et le vent, qui déjà tourmentent notre peau, vont aussi, plus sûrement encore, abraser notre être même. Aller dans le désert, c'est désirer cette nudité.
 
Désert. Avant tout, c'est le silence. Non seulement l'absence de bruits humains, mais l'inimaginable silence de l'univers. Sans murmures de feuilles ni bruissements d'eau, sans craquements de branches ni chants d'oiseaux. Sans parfois même la voix du vent.

Le fond d'un océan sec. Des montagnes éventrées. Un lieu où rien ne bouge et où tout fuit. Des routes occultes de nomades. Un ciel plus proche et plus lointain. La rêverie aux dimensions de l'infini.

Désert. Pénétrer dans cet illimité, c'est s'offrir à tous les extrêmes. Pas un instant il ne nous fera grâce, ni du spectacle de sa fulgurante beauté ni de ses menaces mortelles.

Désert. C'est entrer dans la muette permanence des sables, la dureté des schistes, le cœur obtus de la pierre. Etre admis à regarder le monde en train de se faire et de se défaire. Assister tout à la fois à sa genèse et à sa fin.

Dans l'absence de vie, c'est pourtant la vie qui tremble, si fragile, la vie qui ne triomphe pas, qui demeure dans les marges, les ombres, les nuits. Ce sont ses traces que l'on surprend au matin sur le sable, chemins minuscules autour de soi, inscriptions discrètes d'hôtes qui n'ont pas voulu se faire connaître : gerboises, fennecs ou encore scarabée bousier obstiné à sa tâche. Et peut-être scorpions ou vipères aux sillages légers, qu'attire l'humidité du corps humain.

Janvier 2006.
Chantal DETCHERRY
Auteur de Saisons de sable, poèmes sahariens,
Editions Fédérop.

Théodore  Monod,  ce"fou de désert" comme le surnommaient les bédouins, nous offre une oeuvre d'une richesse inouïe,référence incontestée de la littérature sur le Sahara.

Maxence au désert : première méharéé de Théodore Monod en 1923 à travers la Mauritanie occidentale.

Méharées , un classique de l'aventure où l'auteur raconte ses méharées dans les dunes, décrit la faune, la flore et l'histoire de ces régions.

Mayabat Al-Koubra  : un superbe texte qui témoigne de l'attachement de cet humaniste clairvoyant pour les gens du désert.

Le Livre des Déserts : une somme sur" Les déserts" qu'ils soient chauds ou froids.

Smara de Michel Vieuchange : les carnets de ce jeune aventurier au destin tragique, mort à 26 ans des suites d'une dysenterie après un voyage insensé dans le Sahara mauritanien. A lire en parallèle l'excellente biographie que lui a consacré Antoine de Meaux.

Notes de route d'Isabelle Eberhardt qui, à la fin du 19eme siècle traversa le désert saharien travestie en homme, pour partager la vie des soldats bédoins et participer aux expéditions les plus risquées.

Gens des Nuages de Jemia et J.M.G. Le Clezio est un hommage aux nomades de l'extrême sud du Maroc et une découverte de la vallée de la Saquia el Hamra, lieu où se déroule son magnifique roman Désert (Gallimard).

Dans son recueil de poèmes sahariens Saisons de sable, Chantal Detcherry illustre de ses photos le sahara algérien( Hoggar et Tassili) et nigérien (environs de Gao).

Une Histoire de Tombouctou est un extraordinaire travail de géographe autour de ce lieu mythique porteur de tant de rêves voyageurs.

Les derniers nomades d'Australie, une expédition en 1977 à travers le grand désert australien à la recherche d'un couple d'aborigènes qui refuse toutes formes de civilisation.

Herman Rivera Letelier grand auteur chilien nous donne à voir le grand désert d'Atacama dans ses ouvrages ( Les trains vont au purgatoire, La reine Isabel chantait des chansons d'amour chez Métailié).

Le grand écrivain-voyageur qu'est Luis Sepulveda dans son recueil Les Roses d'Atacama célèbre cet étrange désert...( Métailié)

Sur le désert Mexicain, on lira avec bonheur un vrai chef-d'oeuvre de la littérature mondiale Le Llano en flammes , recueil de nouvelles impressionnantes sur ce pays abandonné où survivent des paysans qui n'ont plus rien (Juan Rulfo, Gallimard)

Citons enfin notre grand marcheur Bernard Ollivier qui a traversé le désert de Gobi  lors de son périple d'Istambul à Xi'an (La longue marche chez Phebus libretto)...

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