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8 mai 1945 : fin de la seconde guerre mondiale en Europe

Publié le 03/05/2005
Le 8 mai (et le 9 en Russie) nous commémorons la fin de la seconde guerre mondiale (en Europe). Outre le fait de pouvoir se réjouir pour la plupart d'entre nous de ne jamais avoir connu la guerre, c'est aussi l'occasion pour se pencher sur la production éditoriale qui accompagne cet anniversaire, à travers la sélection de quelques titres.

Pour mesurer le bilan de cette guerre on pourra se pencher sur l'Etat du monde en 1945, non simplement pour les données chiffrées mais pour se rendre compte, comme le soulignent les auteurs, que l'année 1945 a représenté le grand tournant du siècle. De fait, au delà de la seule saignée démographique (environs 50 millions de morts) que détaille Jean Delmas, c'est aussi la fin d'un monde et la mise en place d'un nouvel ordre international que différents spécialistes analysent. C'est aussi la problématique du 8 mai 1945, la victoire en Europe, où les auteurs s'interrogent sur la perception de l'événement en Europe et au delà, puisque "se dessinent déjà les ruptures entre la France et ses colonies" (Maurice Vaïsse).

Ceux qui veulent comprendre l'effondrement militaire de l'Allemagne nazie trouveront facilement de quoi les satisfaire dans les différents livres traitant ce sujet particulier. Le plus original et le plus accessible est certainement l'album de Julian Thomson, 1944-1945 les dernières batailles. On y trouve, outre le récit des grandes batailles du front ouest, divers fac-similés de documents de l'époque, insérés dans des pochettes : missel militaire, lettre de Patton, billets de banque, tracts de propagande... 1945 la marche vers la paix propose, quant à lui, le récit des derniers combats entre octobre 1944 et mai 1945 sous forme d'album richement illustré. C'est aussi l'occasion de s'intéresser aux combattants français qui n'étaient pas dans la 2ème DB, c'est à dire la majorité des soldats français. On se reportera aux deux livres de Jean-Christophe Nottin, le premier consacré à la campagne d'Italie et justement sous-titré les victoires oubliées de la France, et le second à la campagne d'Allemagne de l'armée de de Lattre, qui fut non seulement une brillante campagne militaire mais surtout une victoire politique qui permit à De Gaulle de s'imposer auprès des alliés.

Mais si on évoque l'effondrement militaire de l'Allemagne nazie, il est obligatoire de parler de ce qui a causé directement la fin des combats en Europe, à savoir la mort d'Hitler et la prise de Berlin par l'armée rouge.

Deux livres proposent l'étude de la bataille de Berlin, celui de Michel Hérubel qui en fait le récit de manière très vivante, et celui de Anthony Beevor, qui a l'avantage de resituer les enjeux stratégiques (comment Staline a trompé les Alliés sur ses vrais objectifs), économiques (comment les soviétiques ont "récupéré"les usines ou les savants), idéologiques (les soviétiques auraient voulu raser Berlin comme l'avait été Stalingrad), humains (citations de nombreuses lettres, de journaux...).

Signalons que paraissent des ouvrages de proches d'Hitler, qui ont vécu cette ultime bataille de l'intérieur de la Chancellerie du Reich, comme ceux des secrétaires Junge Traudl et de Christa Schroeder, celui de Bernd Freytag von Loringhoven, aide de camps. Ils témoignent, peignent une ambiance de fin du monde, et surtout montrent "qu'il serait déplacé de parler de tragédie, du moins en ce qui concerne les principaux protagonistes de l'acte final. Ils témoignèrent de trop de soumission abjecte, de trop d'aveuglement pour être des héros de tragédie", comme le remarque Joachim Fest dans son ouvrage consacré aux derniers jours d'Hitler.

Ce fut donc la prise de Berlin qui mit fin aux hostilités en Europe, occasion pour nous de rappeler que la guerre a été gagnée à l'Est, que la Werhmacht a été saignée à blanc par l'armée rouge, qui elle même n'a pas été ménagée par Staline. Comme le montre Anthony Beevor, les combattants durent affronter les combats, où ils étaient souvent sacrifiés, mais aussi la répression idéologique, ainsi les prisonniers russes passèrent souvent directement des camps allemands aux goulags.

Laissons le mot de la fin aux femmes russes, à ces femmes qui furent incorporées dans l'armée rouge et dont la journaliste Svetlana Alexievitch a recueilli les témoignages dans un livre glaçant et terrifiant, à Tamara Stepanovna Oumniaguina, brancardière :

 « ...Dès que je commence à raconter, je deviens malade. je parle et je n'ai plus que de la gelée à l'intérieur de moi, tout tremble. je revois tout et j'imagine : les corps gisants, la bouche ouverte, ils criaient et n'ont pas achevé leur cri, leurs tripes qui s'échappent de leur ventre... j'ai vu dans ma vie moins de bois coupé que de cadavres... Et quelle épouvante ! Quelle épouvante lors des combats au corps à corps, quand les hommes s'affrontent à la baïonnette...On se met à bégayer, pendant plusieurs jours on ne parvient plus à prononcer un mot correctement. On perd l'usage de la parole. Qui pourrait comprendre ça s'il ne l'a pas connu lui même ? Et comment le raconter ? Avec quels mots ? Quel visage ? Certains y arrivent plus ou moins... Ils en sont capables... Mais moi, non. Je pleure. Or il faut, il faut que ça reste. Il faut transmettre tout ça. Que quelque part dans le monde on puisse encore entendre nos cris... Nos hurlements... Notre souffle... »

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