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Ausone, poète de son temps

Publié le 21/12/2010
Bernard Combeaud, inspecteur général de l'Éducation nationale, a travaillé pendant dix ans à l'édition, la traduction et l'appareil critique de l'œuvre de l'unique poète gaulois - d'origine bordelaise - et d'expression latine, Ausone.La publication de ses œuvres complètes (par les éditions Mollat) fait figure d'évènement dans le paysage éditorial français.
Époque et origines

Représentant de la culture classique du IVème siècle, païen au nom chrétien, Ausonius - comme son nom et sa langue - serait gaulois. Né en 310, Decimus Magnus Ausonius serait issu d'une vieille famille de notables du Sud Ouest (il serait né comme son père à Bazas) et possédait villas et vignobles autour de Bordeaux où il finira sa vie vers 395.
Ses écrits témoignent de l'attachement à ses racines familiales et géographiques toujours empreints de ferveur et d'attendrissement. Burdigala était alors une ville attractive et le centre de diffusion de la culture grâce à son Université. Le IVéme siècle marque à la fois un certain déclin de l'Empire romain avec l'avènement de la religion chrétienne, ainsi qu'une renaissance d'un monde qui s'éloigne des valeurs de l'Antiquité, à l'exception des arts.
Virgile et Cicéron demeurent des modèles, y compris pour Ausone qui est d'ailleurs surnommé par Symnaque « le nouveau Virgile ».


Sa carrière

A 25 ans, Ausone est avocat, professeur de grammaire puis d'éloquence, il écrit déjà pour lui-même, s'adonne à la poésie, compose des épigrammes. Rhéteur reconnu, il est nommé en 367 par l'empereur Valentinien précepteur de son fils et héritier Gratien à la cour de Trèves en Moselle. Sa carrière prend de l'ampleur puisqu'en 376 : il est promu Préfet du Prétoire en Italie, en Afrique, puis deux ans plus tard en Gaule où sa fonction de consul (consul prior) l'honore à l'égal d'un vice-empereur.

Lors de l'arrivée au pouvoir de Théodose, en 379, il se retire de la vie publique et retourne dans le fief de ses origines bordelaises dont il a toujours eu la nostalgie. Même éloigné, il a toujours célébré sa patrie qu'il retrouvera à 72 ans. La retraite sera pour lui le plein temps de l'écriture, qu'il expérimentera alors sous toutes ses formes. Il s'y consacrera jusqu'au dernier jour avant de s'éteindre en 395, à l'âge de 84 ans.


L'œuvre

L'œuvre d'Ausone croise les derniers instants de l'Empire romain. Elle se présente à la fois comme une autobiographie et un témoignage irremplaçable sur son époque - l'auteur y concilie le christianisme avec l'éthique païenne. Il aborde de multiples formes littéraires à travers des éloges, des épitaphes, des lettres, des idylles, des épitres, des épigrammes satiriques, des portraits, des hommages, des récits de voyages et bien sûr des poèmes, quatrains, églogues, etc.

Dans une veine intime, il évoque tant son cercle privé (famille, amis, proches) que les représentants du pouvoir (le gouvernement, l'Empereur). La vie quotidienne est une de ses sources d'inspiration, tout comme la nature et la mythologie – Virgile, Horace, Stace, comptent parmi ses modèles. Représentant de la poésie profane, il compose de charmants tableaux sur les paysages, pleins de fraîcheur et de simplicité, telle la célèbre description du fleuve la Moselle, des poèmes bucoliques, lyriques ou nostalgiques. La virtuosité de son style et sa parfaite maîtrise de la métrique - hexamètres, distiques, dimètres iambiques – en font le prince des poètes.


La postérité du poète

Ausone a beaucoup influencé la poésie postérieure jusqu'à la Renaissance et sa renommée a franchi les époques. Malgré une éclipse – son oeuvre sombre dans l'oubli à partir du XVIIème siècle – elle est aujourd'hui considérée comme la seule classique gauloise des lettres latines, héritage qui n'est pas à négliger dans l'histoire de la littérature française. Le Moyen Age, fasciné, ne cessera par exemple de le copier. Ronsard l'admirait : on ne sait pas assez que le célèbre poème Mignonne, allons voir si la rose s'inspire d'une idylle est écrite par Ausone...
Au cours du XXème siècle, grâce aux efforts conjugués des professeurs de Lettres et d'Histoire, Ausone ressurgit dans le paysage des Lettres Classiques.


Événement éditorial

Alors que les États-Unis et le Royaume-Uni bénéficiaient d'excellentes éditions de l'œuvre d'Ausone, la France était en reste – il n'existait pas de traduction de référence complète disponible. Les éditions Mollat, bordelaises de surcroît, rendent donc un hommage de taille au poète en publiant ses œuvres complètes dans une remarquable édition bilingue qui s'appuie sur la redécouverte du manuscrit de la copie de Sannazar, disparue en 1883 – que Anne-Marie Turcan de l'Institut de Recherche des Textes a exhumé de la Bibliothèque de l'Université de Leyde. Il s'agit donc d'une traduction radicalement novatrice, tant dans le rendu poétique originel que dans le détail et son fondement, établie pour la première fois avec une « métaphore de métrique », en continu, pour la totalité de l'œuvre.
Sous la sobriété d'une couverture au ton gris, émaillée d'une typographie dite « Trajan » en rouge et noir du plus bel effet, est donc enfin proposée au lecteur l'intégralité de l'œuvre d'Ausone, soit 588 pages d'une densité et d'une richesse exceptionnelles tant pour les chercheurs, bibliophiles, amateurs éclairés, que bien sûr pour les Bordelais de souche ou d'adoption passionnés par l'histoire de nos illustres prédécesseurs.




Illustration
: buste du poète Ausone à Bordeaux, réalisé par Bertrand Piéchaud - photographie de Richard Zéboulon.


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