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Centenaire Simenon, un peu d'histoire

Publié le 25/02/2003
On célèbre, tout au long de l'année 2003, le centenaire de Georges Simenon, un des auteurs les plus prolifiques du XXème siècle. Voici une mini-biographie et quelques pistes de lectures.

Un matin du mois de septembre 1972, ne parvenant pas à trouver le ton du premier chapitre de Victor, qui aurait du être le 193ème roman publié sous son nom, Georges Simenon se rendit à l'état civil et fit rayer de sa carte d'identité la mention " romancier ". Ainsi mourut pour la première fois l'auteur du Bourgmestre de Furnes. Le corps, lui devait céder aux assauts du temps le 4 septembre 1989. Avant de s'éteindre, il murmura à Teresa, sa compagne d'alors : " enfin je vais dormir ".

On célèbre donc le 12 février le centenaire de Georges Simenon. En réalité c'est le 13 février 1903 qu'est né l'écrivain, mais c'était un vendredi et sa mère, Henriette, superstitieuse, insista pour que sa naissance fut déclarée un jour plus tôt. Simenon aura donc deux anniversaires. Et deux vies ; c'est à peine assez pour un écrivain aussi prolixe et boulimique (de vie, de lettres et de sexe …).

A quinze ans, il apprend que la santé défaillante de son père l'empêchera de faire des études et c'est donc en 1918 qu'il quitte le collège. Apprenti pâtissier quinze jours durant il devient ensuite commis de librairie. Mais son arrogance et son aplomb le feront renvoyer. Au gré des rencontres, il en vient à pousser la porte de la Gazette de Liège où il publiera dès 1919, à 16 ans, ses premiers articles. C'est d'ailleurs dans ce même journal qu'en 1921 il publiera une série d'articles antisémites d'une extraordinaire violence qu'il regrettera sa vie durant. Ce déplorable épisode forgera sa devise " Comprendre et ne pas juger " et le tiendra éloigné des débats intellectuels de son temps. En 1920, il écrit  Au pont des arches , son premier roman qui sera publié l'année suivante et rencontre Régine, alias Tigy, qui deviendra sa première épouse. Une fois écrit le premier livre et constitué le foyer, les Simenon déménagent à Paris pour entamer la grande carrière littéraire de Georges.

C'est un forçat qui s'installe dans la capitale des lettres en décembre 1922. Après avoir occupé divers emplois alimentaires, il décide de vivre à nouveau de sa plume et y consacre ses journées. Contes, nouvelles, histoires coquines et romans sentimentaux à vingt sous, il écrit tout. Son rythme de production est effarant : " Sa production? Soixante contes de cinquante à deux cents lignes et trois romans de trois mille lignes par mois " (Paul Reboux dans Paris-Soir).

Maigret reste à naître et c'est sur un bateau qu'il sera conçu. Les téléspectateurs de la série des " Enquêtes… " sont familiers de ces canaux du nord si souvent employés comme décors. Et bien c'est là même, en 1929, à bord de L'Ostrogoth, un cotre à moteur qu'il avait fait construire, que George Simenon écrit la première aventure de son placide commissaire.

Pietr-le-Letton sera lancé à grands frais par la librairie Fayard au cours d'un " bal anthropométrique " resté célèbre dans les annales mondaines.

L'aventure de la ' vraie littérature' débute en 1932, avec un succès moindre (il serait difficile d'égaler l'audience que connurent les Maigret  ), mais rien ne semble éloigner Simenon de sa machine à écrire. Les romans, policiers ou non se succèdent à ce même rythme " industriel ", viennent les premières adaptations cinématographiques, la gloire, l'argent…

Si la carrière littéraire de Simenon semble s'être déroulée sans heurts on peut difficilement en dire autant de sa vie personnelle. Ses innombrables conquêtes féminines lui valurent maintes scènes de la part de ses compagnes et quelques divorces. Sa passivité durant la seconde guerre mondiale lui couta un exil américain et une dépression nerveuse.  La fatalité ne l'oublia pas, lui qui fut plus meurtri qu'à son tour et vit deux de ses enfants mourir, dont sa préférée, Marie-Jo, suicidée en 1979. Voilà donc du grain à moudre pour les critiques, exégètes et autres biographes qui, face au mur impressionnant de l'œuvre du maître belge peinent à rendre compte de ce que fut la vie d'un tel créateur.

Restent les romans, livres de souvenirs, Dictées et autres Pédigree que l'on dévorera avec un plaisir à chaque fois renouvelé. Qu'il s'agisse de construction, de cet art subtil et pictural des notations qui fit le 'style Simenon' ou de la qualité d'incarnation des personnages, qui doit d'avantage au talent de l'écrivain qu'à ses dons (pourtant réels) d'observation. Le lecteur, qu'il soit profane ou spécialiste sait à chaque page qu'il a affaire à l'une des œuvres maîtresses de la littérature francophone.

Les éditions Gallimard qui abritèrent un temps l'œuvre de Simenon ne s'y sont pas trompées puisqu'elles publieront au printemps, dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade, le premier de deux volumes d'œuvres choisies.

Un Panthéon bien tardif pour celui qui, à son grand regret, n'entra jamais à l'Académie Française ni ne reçut de prix littéraire majeur. Il était temps.

 

A lire...
Les plus maniaques se réfèreront à l'édition de référence "Tout Simenon " dont 25 volumes ont été réédités dans la collection Omnibus des Presses de la Cité (voir ci-dessous, à la rubrique "En savoir plus"). Vous trouverez également ci-contre un choix subjectif de nos lectures simenoniennes favorites.

On se reportera avec profit à la biographie de Pierre Assouline publiée dans la collection Folio des éditions Gallimard.

Les collectionneurs partiront eux en quête des oubliés, tous les livres publiés sous pseudonyme par le maître Belge dont l'oeuvre compterait en totalité près de 600 volumes.

Bon courage !

H. de D.

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