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Femmes qui pêchent

Une actualité de Rayon Littérature
Publié le 21/04/2020
En avril, parlons poissons. En avril, confinés chez nous, pensons grands espaces, océan déchaîné, ballet des oiseaux marins, loups de mer et pêches prodigieuses. En avril, soyons lassés de l’évocation de femmes pécheresses, et tournons-nous vers les femmes pêcheuses, à travers les mots de trois écrivaines, aux vies et aux tempéraments très différents, mais qui ont chacune à leur manière raconté la pêche, le goût de l’aventure, et la vie en mer ou bord de mer.
Anita Conti “la dame de la mer” (1899-1997) dont la légende veut qu’elle ait su nager avant de marcher, était photographe et fut la première femme océanographe française. Passionnée par la mer depuis toujours, elle commence, en parallèle de son métier de relieuse d’art, à documenter la pêche, ainsi que la faune et la flore maritimes, jusqu’à être embauchée comme océanographe dans les années 30. Le début pour elle de nombreuses expéditions qui vont la mener, d’un chalutier à l’autre, des régions arctiques aux rivages africains afin d’étudier les fonds marins et d’optimiser les techniques de pêche. Des expériences, parfois extrêmes, au sein d’un milieu alors exclusivement masculin, qu’elle raconte dans plusieurs ouvrages passionnants, notamment Racleurs d’océan (1952), Géant des mers chaudes (1957), ou le passionnant L’Océan, les bêtes et l’homme ou l’ivresse du risque (1971) dans lequel elle relate presque cinquante ans d’expédition et de recherches en mer. Les travaux d’Anita Conti ont permis de mettre en lumière la surexploitation des océans et de réfléchir à des techniques de pêche plus respectueuses de la mer.

L’aventure, c’est également le cœur du roman Le Grand marin de Catherine Poulain. Largement inspiré de sa propre expérience, l’écrivaine a passé dix ans sur les mers d’Alaska, on y suit Lili, française en fuite, partie sur l'île de Kodiak pour s’embarquer sur les chalutiers. Sur le “Rebel”, au milieu d’hommes consumés par la dureté de la vie en mer et par l’alcool, de saison en saison : pêche au flétan, pêche à la morue noire, pêche au saumon… elle trouvera dans ce milieu hostile une raison d’être. Chant d’amour à la liberté, au dépassement de soi, aux bouts du monde, Le Grand marin est aussi un formidable récit de mer, qui met en lumière ces hommes de “The Last frontier”,marginalisés sur la terre ferme, et qui se métamorphosent lorsqu’ils sont en prise avec les colères de la mer de Béring. Harassés par un travail exténuant et mal payé, mais aux premières loges d’une nature grandiose : orques, oiseaux marins, loutres etc comptent parmi leurs compagnons de voyage. Roman en grande partie autobiographique écrit par Catherine Poulain à partir de notes rédigées à la volée pendant ces années de pêche, Le Grand marin est le beau récit d’une existence, d'une terre et d’hommes hors du commun. 

Autre écrivaine, autre ambiance. Si on connaît Benoite Groult (1920-2016) aujourd’hui, c’est principalement en tant que romancière et féministe, pas vraiment comme pêcheuse. Et pourtant c’est sa passion pour la pêche qui la pousse en 1977 à faire construire, avec son mari Paul Guimard, une maison en Irlande. S'en suivront vingt-six étés qu’elle raconte dans son Journal d’Irlande, étés rythmés par les visites familiales et amicales (parmi lesquelles on note rien moins que François Mitterrand ou Éric Tabarly), par l’amour (alternant entre son époux et Kurt, son amant américain), mais surtout par le temps consacré à la pêche. Peu importe la météo ou l’âge (jusqu’à ses 83 ans), Benoîte se rend presque chaque jour en mer, y faisant des “récoltes” miraculeuses, qu’elle consigne avec précision, ainsi que les recettes qui en découlent “Dans nos casiers, 300 grammes de belles crevettes, étrilles et tourteaux. Dans le filet, deux gros mulets, 1.3 kilo et 900 grammes. Puis on a traîné et on a pris un lieu par inadvertance !”. Si la vie et le rapport à l’aventure de Benoîte Groult ont peu à voir avec ceux d’Anita Conti ou Catherine Poulain, on retrouve dans son Journal d’Irlande (dont le sous-titre ”carnets de pêche et d’amour” dit beaucoup), l'importance qu'a eue la mer dans sa vie, que ce soit par la beauté des paysages battus par les vents qu’elle décrit ou par les pêches incroyables qu’elle mènera jusqu’à ce que ses forces ne le lui permettent plus. Dans la préface de l’ouvrage, Blandine de Caunes, fille de l’auteure, raconte l’amour de sa mère pour la mer et la pêche depuis ses étés d’enfance à Concarneau, puis ceux passés dans leur maison de Doëlan en Bretagne, jusqu’à ceux dans cette Irlande qu’elle aimait tant.


 

Anita Conti

Catherine Poulain

Benoîte Groult

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