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La Commune de 1871

Publié le 02/10/2002
"C'est dans la révolution que battront nos ailes..."Louise Michel

Fort heureusement, la guerre civile n'est plus d'actualité  dans notre démocratie libérale, qui a su accroître et consolider les droits politiques et sociaux de tous les citoyens à la suite de longs et multiples combats menés depuis 1789. La Commune de 1871 en est un des plus sanglants.
L'étude de cet événement a souvent déclenché des querelles passionnelles sur les débats idéologiques qui ont lourdement grevé son historiographie.

Dans les années 1970, la commémoration de son centenaire a permis la réédition de textes épuisés et la parution de nouveaux essais. Michel Winock, Noël Bernard ou Henri Guillemin ont contribué à une nouvelle réflexion  sur le sujet. Après une période de somnolence, la Commune n'est plus seulement l'objet d'un culte elle est désormais aussi l'objet d'études.

Actuellement, le texte le plus complet sur cet événement est celui de Wiliam Sorman chez Fayard. Il y explique sans fard ni parti pris la tragédie qui ensanglanta la capitale en 1871. Edité en 1986, il prend en compte les apports les plus récents des recherches historiques, entre autre le travail de Jean Maitron sur la biographie des militants ouvriers, de Madeleine Reberioux sur la place de la Commune dans la mémoire collective ou de Jacques Rougerie sur la mentalité et l'idéologie de la population insurgée.
Un des derniers chapitres est consacré à l'analyse de la perception du mouvement révolutionnaire par les chercheurs pro-communards comme par les réactionnaires. Vous pourrez aussi suivre le déroulement des événements grâce à une chronologie des faits au jour le jour et à une carte du théâtre des opérations.

Pour une approche plus synthétique, vous pouvez lire le Que Sais-Je ? écrit par Georges Bourgin. Cet auteur invite chercheurs et lecteurs à situer la Commune dans son cadre géographique et historique spécifique (Paris 1870-1871) et plus largement dans l'histoire entrelacée de la capitale et du mouvement ouvrier tant national qu'international. Il développe l'idée comme quoi la commune a été de bout en bout "une improvisation".
Tout en restant dans les petits formats, vous redécouvrirez dans la collection Découverte Poche, un texte de référence, celui de Prosper-Olivier Lissagaray. Ardent journaliste et communard, l'homme donne un témoignage de premier plan sur la manière dont un acteur de l'événement concevait le rôle historique de la commune.  Vous serez frappés  par la vigueur du ton de Lissagaray et la virulence de ses invectives adressées aux ennemis de la révolution parisienne.
Participant lui aussi à l'insurrection, Jean Allemane apporte un témoignage  essentiel à la  compréhension de la mentalité ouvrière dans ses souvenirs d'un communard.
Mais la Commune, c'est aussi une histoire de femmes.  Les éditions de La Découverte viennent de republier, dans une collection Re-Découvertes, les mémoires de deux femmes exceptionnelles.
La première Victorine B. était une "pétroleuse". Devenue ambulancière, c'était une de ces femmes du peuple qui accompagnaient  et soutenaient l'insurrection jusque sur les barricades. Ses textes (souvenirs d'une Morte Vivante) expriment le point de vue du peuple par une femme du peuple : sa vie quotidienne, ses souffrances, ses colères, ses espoirs. Ce récit engagé éclaire sur les aspirations des plus obscurs et des plus anonymes.
La seconde, Louise Michel, est une figure emblématique de la période. Surnommée "La Vierge Rouge", ses mémoires restituent  l'engagement d'une femme passionnée au côté du peuple et de ses luttes. De nature rêveuse et méditative, cette militante anarchiste des plus curieuses de notre temps,
vous propose aussi de lire son oeuvre poétique d'environ deux cents poèmes parue dans l'ouvrage A travers la Vie et la Mort. L'écriture accompagnera Louise Michel jusque dans son exil  en Nouvelle-Calédonie où son chemin va croiser de nombreux communards déportés.

Au nombre environ de dix mille, les exilés ont dû d'abord survivre au voyage en bateau puis s'adapter à une terre étrangère et à un climat hostile. Certains ont ressenti la nécessité d'écrire et de laisser un témoignage. François Cron fait partie de ceux là. Il n'était ni stratège, ni politicien, ni journaliste : seulement employé comptable. Dénoncé trois ans après l'insurrection, il rejoint l'Ile des Pins. Il se sent alors dépositaire d'une mission et se jette  dans le récit de son histoire traversée de rêves, de trouble et d'angoisses. Son fils ne connaîtra jamais ses écrits .Comme lui,  beaucoup de familles n'étaient pas averties des disparitions, des grâces ou des retours. De nombreuses correspondances unilatérales se sont  poursuivies des années durant sans que les intéressés en aient eu connaissance.
Virginie Buisson dans Lettres Retenues a tenté de collecter  certaines de ces lettres censurées. Dans sa recherche, elle a suivi la chronologie des faits, de l'incarcération à Versailles, puis à bord des navires et dans l'exil, et  dans la longue attente de l'amnistie. Elle rend là un très bel hommage à toute cette correspondance restée sans suite.

Des « communeux » aux communards, des acteurs oubliés à ceux inscrits pour toujours dans l'histoire, le chantier de la Commune vous est toujours ouvert. Tout livre représente un parcours accompli mais le meilleur moyen de se plonger dans ce sujet est sûrement le dictionnaire de Bernard Noël. Introduction comme conclusion, il vous permet d'établir des rapports entre toutes les parties de l'histoire, des acteurs et des événements. Tout en allant de A à Z, vous serez libres de remonter le temps ou de le disperser, le dictionnaire n'allant nulle part. Les hommes, les faits, les sentiments, les idées sont les principaux matériaux de l'ouvrage. C'est un texte sans hiérarchie, sans chronologie qui permet d'en terminer simplement avec les réquisitoires haineux ou les éloges funèbres que la Commune peut provoquer.

Blandine Daurios


Illustration : Jacques Tardi,
Le cri du peuple, Casterman

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