Une expérience politique innovante
Entre le 18 mars et le 28 mai 1871, la ville de Paris est le théâtre d’une expérience politique inédite : la Commune. Conséquence d’une réaction patriotique face à la capitulation des classes dirigeantes françaises durant la guerre franco-prussienne de 1870 et d’une révolte contre la « république bourgeoise » d’Adolphe Thiers, ce mouvement « communaliste » naît presque subitement. C’est ce qui fait dire à Benoît Malon, ouvrier teinturier communard, « jamais révolution n’avait plus surpris les révolutionnaires ».
Paris est alors une grande ville de 1,8 million d’habitants qui a connu des évolutions urbaines inouïes sous le Seconde Empire. Concentrée dans les arrondissements du nord et de l’est de la capitale, la classe ouvrière y est importante. Les rues de la capitale sont un terrain fertile pour les idées républicaines, socialistes ou anarchistes : de nombreux clubs favorisent la circulation des idées et l’émergence d’un « imaginaire » (L’imaginaire de la Commune, Kristin Ross, La Fabrique) et le « procès de la liberté » continue dans ce siècle de bouleversements sociaux (Le procès de la liberté, une histoire souterraine du XIXe siècle en France, Michèle Riot-Sarcey, La Découverte).
C’est dans ce contexte qu’une nouvelle révolution éclate dans la ville lumière après celles de 1789, 1830 et 1848. Souvent réduite à l’image des barricades, la Commune est avant tout « la première apparition du principe anti-gouvernemental » comme le souligne Arthur Arnould, journaliste, ami de Jules Vallès, dans son Histoire parlementaire et populaire de la Commune de Paris (1878). Jacobins, proudhoniens, blanquistes, marxistes, bakounistes et d’autres encore prennent part à l’ébullition politique et créative qui accouchent rapidement de plusieurs mesures importantes. Parmi ces fervents communards, les femmes sont bien représentées.
Louise Michel et les communardes
« Croit-on pouvoir faire la Révolution sans les femmes ? Voilà 80 ans qu’on l’essaie et qu’on n’en vient pas à bout » rappelle André Léo, romancière féministe et communarde, dans le journal La Sociale le 8 mai 1871. Durant la Commune, les femmes, caricaturées sous le qualificatif de « pétroleuses » (Les pétroleuses, Edith Thomas, Folio Gallimard), sont aux avant-postes : parmi elles, la socialiste russe Anna Jaclard, la journaliste féministe Paule Minck ou Sophie Poirier, couturière devenue ambulancière pendant la Commune. L’une des plus remarquables de ces communardes est Louise Michel. Cette institutrice née en Haute-Marne s’installe à Paris en 1856 où elle se lie d’amitié avec de futurs communards comme Jules Vallès et Eugène Varlin. Rédigeant des articles pour des journaux d’opposition, elle compose aussi des poèmes et entretient une correspondance avec Victor Hugo. Durant la Commune, celle qu’on surnomme alors la Vierge Rouge, intègre le Comité de vigilance des citoyennes du XVIIIe arrondissement. Après la Commune, elle est déportée en Nouvelle-Calédonie jusqu’en 1880 avant de revenir en Europe pour défendre inlassablement un socialisme anarchiste jusqu’à sa mort à Marseille en 1905. Louise Michel laisse une œuvre littéraire prolifique avec notamment un texte sur son expérience de l'insurrection (La Commune, Louise Michel, Payot) et ses mémoires publiées en 1886 (Mémoire : 1886, Louise Michel, Folio Gallimard) qui sont au cœur du souvenir de la Commune. Publiée pour le centenaire de la Commune en 1971, la biographie d'Edith Thomas, archiviste et pionnière de l'histoire des femmes, est une référence pour découvrir la vie exceptionnelle de Louise Michel.
Une mémoire tiraillée
La Commune ne dure que 72 jours. Elle est réprimée sur ordre d’Adolphe Thiers avec une violence inouïe faisant entre 7 000 et 30 000 morts durant la Semaine Sanglante, des bâtiments sont brûlés et des otages sont exécutés par les révolutionnaires. Des centaines de communards sont exilés dans les colonies avant le vote de lois d’amnistie en 1880. Si la Commune est réprimée et les communards exilés, la mémoire de cette insurrection circule et le souvenir de ces quelques semaines d’innovations politiques subsiste, comme en témoigne le retour de quelques réformes communardes sous la IIIe République telles que l’éducation laïque ou la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La lecture qu’en font les mouvements politiques aux XXe et XXIe siècles prend des sens bien différents soulevant aux moments des commémorations des débats toujours intenses. Les centaines d’ouvrages traitant de ces journées insurrectionnelles montrent l’importante bataille mémorielle qui agite encore les esprits plus de 150 ans après. En voici une sélection pour mieux comprendre ce moment important de notre histoire récente.
