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La guerre d'Espagne

Un dossier de
Publié le 12/03/2026
À l’occasion de la publication de "La Guerre d’Espagne 1936-1939, la démocratie assassinée", grande synthèse menée par les chercheurs François Godicheau, Pierre Salmon et Mercedes Yusta aux éditions Tallandier, nous vous proposons un dossier sur cette terrible guerre civile qui bouleversa le cours du XXe siècle.

« Dès les premières heures, la guerre d’Espagne présente un caractère qu’elle gardera jusqu’à la fin, celui d’une lutte sans merci, totale, farouche, une guerre civile dans toute son horreur ». Joseph Pérez, historien français, (ancien directeur de l’université Bordeaux Montaigne) expliquait bien ici la violence absolue qui va se déchainer dans ce conflit qui oppose les partisans de la république installée en Espagne depuis 1931 au camp nationaliste.

Les Républicains contre les Nationalistes

Cette « guerre d’extermination » selon l’expression de Paul Preston (Une guerre d’extermination, Espagne 1936-1945, Tallandier, Texto) débute à la suite des élections législatives de février 1936 qui voit la victoire du Front populaire, coalition assemblée sous l’initiative de Manuel Azana qui devient par la suite président de la république. Les élections ont bien montré une fracture en Espagne divisée en deux camps. La violence politique est de plus en plus présente sur le territoire et la guerre civile semble inéluctable.

Après la conspiration de généraux de l’armée, la guerre civile débute. Rapidement le territoire se divise en deux et le conflit s’annonce long. Les nationalistes gagnent peu à peu du terrain dans le sud puis dans le nord. Ils parviennent à isoler la Biscaye, la région de Santander et les Asturies. A l’automne 1936 a lieu la bataille de Madrid, les républicains réussissent à défendre la ville aux cris de « No pasaran ! ». Les nationalistes se tournent alors vers Malaga qui tombe en février 1937. A l’été de cette même année, les deux tiers du territoire sont tombés dans les mains des nationalistes. L’armée républicaine dispose encore d’une « puissance de feu redoutable » (Joseph Pérez) à l’été 1938 lors des batailles de Brunete, Teruel, Belchite et pendant la bataille de l’Ebre. Cela ne suffit pourtant pas face à des nationalistes bien aidé au niveau international. Les Républicains « ont perdu la guerre, moins sur le champ de bataille que sur le front diplomatique » souligne Joseph Perez.

Une préfiguration de la Seconde guerre mondiale 

La guerre en Espagne est en effet un conflit éminemment international et diplomatique. Les nationalistes trouvent rapidement avec l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler et avec l’Italie fasciste de Benito Mussolini des alliés de poids. Lorsque Franco défile victorieux le 19 mai 1939 à Madrid, il est accompagné des Chemises noires italiennes et de la Légion Condor allemande qui s’est illustrée dans l’effroyable bombardement de Guernica immortalisé sous le pinceau de Pablo Picasso. Cette aide en matériel et puis en troupes au sol a été primordiale dans l’évolution du conflit.

De l’autre côté, les Républicains sont soutenus essentiellement par les soviétiques qui envoient des chars et des avions pilotés par des aviateurs russes. En France, le front populaire hésite à intervenir mais est vite ravisé par l’Angleterre qui conseille à Léon Blum de ne rien faire. Une formule de non-immixtion est signé par plusieurs pays européens dont la France, l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie, ces deux derniers ne la respectant évidemment pas. La France envoie de manière officieuse quelques armes, ce qui reste négligeable au regard de l’aide que reçoivent les nationalistes.

Les Brigades internationales et les témoignages écrits

La guerre d’Espagne est marquée par un phénomène assez remarquable en la qualité des brigades internationales. Des hommes et des femmes venant de 53 pays différents dont le quart en provenance de France, accourent en Espagne au soutien des Républicains. Presque 2000 en octobre 1936, ils sont jusqu’à 60000 en 1938. Pour la plupart portée par des valeurs communistes, ils s’engagent dans un combat pour la république espagnole mais plus largement contre le nationalisme et le fascisme qui menacent l’Europe toute entière. Le volontariat de ces milliers d’internationalistes a laissé des témoignages remarquables, on pense évidemment à l’Hommage à la Catalogne de George Orwell mais aussi à Ma guerre d’Espagne à moi de la militante anarchiste argentine Mika Etchebehère, au Journal de la guerre d’Espagne de l’écrivain allemand Ludwig Renn.

La mémoire tourmentée d'une "guerre d'extermination"

Cette guerre civile se caractérise par une grande violence et une haine véritable entre les différents camps. Le clergé qui soutient les nationalistes dans une croisade contre l’athéisme de la république est violemment attaqué et massacré, les églises sont brûlées ou réinvesties en ateliers. Il y a aussi des violences au sein même du camp républicain lorsque les anarchistes et les communistes se déchirent faisant des centaines de morts.

Mais les crimes les plus atroces, organisés et programmés par les dirigeants et chefs de guerre, se déroulent à l’initiative des nationalistes et de leurs alliés. On pense évidemment au bombardement de Guernica très bien décrit par Gordon Thomas et Max Morgan-Witts dans Les dernières heures de Guernica aux éditions Nouveau Monde, mais aussi aux nombreuses fosses communes présentes sur tout le territoire et dont la découverte progressive a marqué la longue marche mémorielle jusqu’à nos jours comme l'a très bien expliqué Stéphane Michonneau dans Franco, le temps et la légende aux éditions Flammarion.

L’utilisation des forces coloniales dont on connait la cruauté envers la population colonisée marque aussi un tournant dans la violence de cette guerre. Les civils sont largement pris pour cible. Les femmes qui ont crée des associations sous la République sont particulièrement visées, elles sont assassinées, enfermées, humiliées dans la rue. De nombreux enfants sont déplacés comme le montre très bien Cécile Keren dans La cause des enfants aux éditions Anamosa. Cette violence envers les populations préfigure largement ce qui se passera durant la Seconde Guerre mondiale.

Encore aujourd’hui, la guerre d’Espagne et la mémoire du franquisme restent un sujet d’intenses polémiques dans le pays comme le montre bien Sophie Baby dans son ouvrage Juger Franco ? aux éditions La Découverte. Pour mieux comprendre ce conflit qui fait l’objet d’énormément de publications diverses et variées, nous vous proposons une sélection à découvrir sur notre site et au rayon Histoire.

Une guerre civile internationale

Si les combats opposent les Républicains aux Nationalistes, les interventions internationales sont multiples et prennent des formes variées.

Une guerre d'extermination

Les civils sont confrontés à la mort et à l'exil, victimes d'une guerre extrêmement violente préfigurant les crimes de la Seconde Guerre mondiale.

Républicains et Brigades internionales : portraits et témoignages

Les hommes et les femmes combattant contre le fascisme, qu'ils soient espagnols ou étrangers, ont livré des récits écrits témoignant de leur courage et nous confrontant à la question de l'engagement en temps de guerre.

Franco, le franquisme et la mémoire

Plusieurs ouvrages étudient la place du Caudillo dans l'histoire de l'Espagne et la mémoire du franquisme jusqu'à aujourd'hui.

Une guerre en images

Des photographies de reporters aux affiches républicaines, la guerre d'Espagne convoque toute une iconographie témoignant d'un engagement au-delà de la prise d'armes.