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Robert Castel 4

Publié le 06/04/2009
C'est avec grand plaisir que la librairie recevait, le 8 avril 2009, Robert Castel pour parler, en compagnie de Guillaume le Blanc, de son dernier ouvrage La Montée des incertitudes ; une rencontre qui nous paraissait évidente entre un philosophe qui scrute notre présent et un sociologue qui s'est tourné vers la sociologie pour «déplacer cette volonté de comprendre qui est la vocation philosophique vers des choses plus concrètes».
Né en 1933, Robert Castel est aujourd'hui directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, où il a dirigé le Centre d'études des mouvements sociaux.
Après avoir travaillé dans les années 60 sur le traitement social de la folie, Robert Castel s'est tourné vers la question du travail avec entre autre une magistrale étude  du salariat, de sa constitution à son effritement dans les années 70 : Les Métamorphoses de la question sociale ont imposé son auteur à la fois comme un grand sociologue français mais aussi comme un intellectuel engagé et un protagoniste majeur du débat social.

« Faire la sociologie d'un objet, c'est comprendre comment il fonctionne aujourd'hui -c'est donc du contemporain-, mais en faisant l'histoire de son présent, en suivant la série  des transformations qui, aujourd'hui, aboutissent à un certain point d'équilibre, le présent étant comme une articulation d'effets d'héritage et d'effets d'innovations ».

Dans son dernier ouvrage, La Montée des incertitudes, Robert Castel prend appui sur ce que l'économiste hongrois Karl Polanyi appelait « la grande transformation » en référence à l'implantation du capitalisme industriel. Selon Robert Castel nous sommes  confrontés non pas à une crise passagère mais bien à une nouvelle transformation en profondeur du capitalisme qui s'opère depuis une trentaine d'années.
Et c'est à nouveau le travail qu'il scrute, pour en faire la problématique majeure d'un système social en décrépitude. A travers cet ouvrage d'une grande clarté, Robert Castel explore, à la suite des Métamorphoses de la question sociale , les évolutions des  rapports dans le travail qui accroissent inexorablement la précarité et l'exclusion d'une partie de la société salariale et  tend à rompre le fragile équilibre qui s'était constitué entre l'économique et le social.
Défendant un droit du travail, « contrepartie réformiste au renoncement ou à l'impossibilité d'abolir le régime capitaliste », Robert Castel  démontre que  les protections qui ont petit à petit été attachées au travail lui-même ont permis aux salariés d'accéder à une forme de propriété, dite « sociale ». Fissurer ce socle de protections permettant à l'individu de s'appuyer sur une force collective pour s'insérer pleinement dans la société et se projeter dans l'avenir, c'est augmenter de manière exponentielle une forme d'insécurité sociale.
Plus largement encore pour Robert Castel, la possibilité de disposer d'un minimum de ressources et de droits indispensables pour s'assurer une certaine indépendance sociale a caractérisé une forme de citoyenneté sociale, pendant avec la citoyenneté politique d'une citoyenneté démocratique. Cette citoyenneté sociale menacée remettrait donc en question l'accès à la citoyenneté en général et  le système démocratique en conséquence.

Robert Castel décrit avec une exigence de rigueur remarquable la manière dont notre modèle social s'effrite et rappelle qu'un choix de société se pose à nous. L'enjeu de notre époque est donc considérable
«L'avenir est ouvert»nous dit-il, ... extrêmement ouvert. 
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