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Saint Paul : l'appelé

Publié le 17/06/2008
Le 28 juin 2008 marquera le début de l'année jubilaire Saint-Paul qui, jusqu'au 29 juin 2009, célèbrera le bimillénaire de sa naissance.
Le pape Benoît XVI en avait fait l'annonce le 28 juin 2007 en la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs : « ce sera une année d'événements liturgiques et culturels », une année « d'initiatives pastorales et sociales toutes inspirées de la spiritualité paulinienne ». Il a également insisté sur l'aspect œcuménique des célébrations, « pour progresser dans la recherche humble et sincère de la pleine unité de tous les membres du corps mystique du Christ ».

Saul de Tarse
On sait assez peu de choses sur la vie de Saint-Paul, car les seuls éléments dont nous disposons  proviennent du livre des Actes des Apôtres et de ses lettres (Epîtres). Voilà ce que l'on peut dire selon ces sources :
Saul de Tarse, ou Saint-Paul pour les chrétiens, est né entre 7 et 10 après Jésus-Christ à Tarse, en Cilicie (aujourd'hui Turquie). Il est issu d'une famille de notables juifs, apparemment aisée puisque son père possédait le droit de cité romaine. Cela  comportait certains privilèges, comme celui d'être jugé par le gouverneur romain et non par le Sanhédrin (tribunal juif) ou encore d'être exempté de peines infamantes, privilèges dont Paul saura tirer profit.

Les Épîtres de Paul reflètent une grande connaissance de l'art de la rhétorique grecque, apprise sans doute durant sa jeunesse à Tarse, où il aurait fréquenté les écoles stoïciennes. Son raisonnement montre aussi qu'il fut formé dans la plus pure tradition de la loi juive, en vue de devenir rabbin, peut-être auprès du grand maître Gamaliel à Jérusalem.
A l'époque, le judaïsme est divisé en différentes sectes. La famille de Paul appartient à l'une d'elles, les pharisiens, une secte influente qui observe une obéissance rigoriste envers la Torah et garde ses distances avec les  premières communautés rassemblées autour des enseignements de Jésus. Ces communautés appelées judéo-chrétiennes, qui se composent d'hommes et de femmes que Jésus a  associés à sa vie, se considèrent comme juives mais cultivent une croyance renouvelée, inspirée par la vie et les paroles de celui qu'ils appellent le messie. Il s'agit d'une secte juive comme il en existe beaucoup à l'époque, mais ses interprétations « libérales » de la Loi, qui par exemple mettent au second plan certains rites et interdits alimentaires, sont déroutantes pour l'orthodoxie juive de l'époque. Très vite, Paul, jeune intellectuel pharisien, va faire  preuve d'un zèle profond pour sa religion et va rejoindre les rangs des persécuteurs de ces premiers disciples du Christ. Il participera entre autre à la lapidation d'Etienne, premier martyr du Christ.

Paul, l'apôtre des « gentils »
Selon les Actes des Apôtres, sur la route entre Jérusalem et Damas, Paul  rencontre Jésus ressuscité. Il décide alors de se convertir au christianisme et se fait baptiser. Pourtant, il n'utilise pas, pour qualifier son expérience, le terme de « conversion », qui exprime l'idée d'un changement de religion. Il considère que la révélation de Jésus-Christ est l'accomplissement de la religion juive. Il parlera plutôt de l'« appel » que Dieu lui a adressé et d'une « révélation » de Jésus-Christ. Cet appel à devenir chrétien, Paul le considère comme inséparable de l'appel à porter la parole aux gentils, c'est-à-dire aux non juifs, car jusque là, les missionnaires chrétiens, qu'ils appartiennent à la "mouvance millénariste ou à celle, plus officielle, regroupée autour de l'apôtre Pierre, prêchaient essentiellement la conversion des juifs au christianisme.  De plus, il voulait maintenir la nécessité  pour les chrétiens d'observer la Torah avec ses exigences rituelles, notamment l'obligation d'être circoncis avant de recevoir le baptême.
Paul reconnaît la légitimité de l'évangélisation des juifs entreprise par Pierre, mais il est convaincu que le christianisme s'adresse à toutes les nations de la terre (les juifs et les païens) et que le message de Dieu doit se propager indépendamment de la référence à la loi juive.

Les voyages et les lettres de Paul
L'entreprise missionnaire  de Paul s'est développée avec une rare efficacité. En moins de vingt ans (40 à 58), son évangélisation a couvert l'Asie mineure et la Grèce. Durant cette période, il a effectué trois grands voyages : Lors du premier (de 45 à 49), Paul, en compagnie de Barnabé et de son cousin Jean-Marc, visite Chypre, la Pamphylie et prêche autour d'Antioche. Un second voyage (de 50 à 52)  en compagnie de Silas, le voit retouner  à Antioche. Puis parcours la Phrygie, la Galatie, la Mysie, la Macédoine. Il finit son voyage par Athènes et Corinthe. Le troisième voyage (de 53 à 58) reprend quasiment le même itinéraire que le précédent pour aller voir les communautés qui se sont créées. Il s'achève à Jérusalem.

Paul est un missionnaire efficace : en plus du grec, sa langue maternelle, il parle l'hébreu et l'araméen. Il maîtrise parfaitement la communication et la géopolitique de l'époque et il met au service de sa conviction nouvelle sa double formation à l'exégèse rabbinique et à la rhétorique gréco-romaine. Installé dans la ville, travaillant de jour comme artisan de cuir, il participe le soir aux débats publics où sont confrontées philosophies et nouveautés religieuses.
En 48 (ou 49), le Concile de Jérusalem reconnaît officiellement la vocation de Paul à évangéliser. C'est à partir de cette date, soit 10 ans après le début de sa mission, qu'il se met à écrire, sous forme d'épîtres, pour définir les contours de sa théologie mais aussi pour aider les communautés naissantes à se construire.

La théologie paulinienne
La théologie de Paul est difficile à définir, car chacune de ses Epîtres est un écrit de circonstance, adressé à une communauté particulière et écrit en fonction de certains événements. De plus, Paul n'a pas connu Jésus durant sa vie terrestre et ne fait guère de référence à celle-ci. Pourtant, certains thèmes sont répétés de façon suffisamment fréquente, ce qui permet de dire qu'ils constituent le cœur de sa pensée.
Pour Paul, le Christ révélé est au cœur de la vie de l'homme (« Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi », Ga, 2, 20). L'Esprit Saint lui permet de sortir de sa condition purement charnelle et de transformer sa vie par les dons de l'amour, de la paix, de la joie et ainsi d'échapper au péché. Jésus et ses disciples forment un seul corps, l'Église, autre notion fondamentale dans la théologie paulinienne.
Ce que l'on retient surtout de l'œuvre missionnaire de Paul, c'est la création de communautés mixtes du point de vue social : Juifs et Grecs, hommes et femmes, esclaves et hommes libres s'y mêlent. Cette mixité sociale concrétise un aspect important de sa pensée, à savoir que Dieu accueille l'individu quels que soient son passé, son statut ou ses anciennes loyautés.

Cette volonté de Paul à universaliser le message du Christ et à prendre des libertés avec la loi juive va le conduire à sa perte. Lors d'un séjour à Jérusalem, autour de 60, Paul est arrêté après des émeutes déclenchées par ses adversaires juifs et il est conduit à Rome pour être jugé par le tribunal impérial. Il est emprisonné deux ans, puis décapité autour de 65.

Bien que n'ayant jamais fait partie de l'entourage de Jésus, Paul, qui se disait lui-même apôtre, a joué un rôle prédominant dans la constitution de l'Eglise du Christ et sa séparation avec le judaïsme. Il nous laisse également un héritage théologique immense.
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