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Un continent littéraire : la Scandinavie (partie 3)

Publié le 15/03/2011
Troisième partie de notre visite sur les vastes terres de la littérature scandinave : nous entrons dans le XX° siècle
Le Genombrott n'est pas achevé que de nouveaux courants apparaissent à la fin du siècle témoignant d'une vitalité littéraire qui ne se démentira plus. Mouvement fiévreux qui a enfanté des génies tourmentés usant d'un réalisme impitoyable, il s'élargit dans plusieurs directions, souvent inspirées par les soubresauts d'une Europe (et notamment la France) qui invente de nouvelles écoles chaque année ou presque : décadents, naturalistes, symbolistes, ils ont tous leurs correspondants en Scandinavie où se déploie même un néo-réalisme qui connaîtra une riche postérité. Peu de noms de cette époque nous sont connus ayant eu à souffrir de l'ombre de leurs ainés. Le prix Nobel récompense en 1916 Verner von Heidenstam, ignoré de nos jours, sans doute parce qu'il a tendance à magnifier la grandeur suédoise passée quand Selma Lagerlöf (1858-1940), plongeant dans un terreau plus populaire et plus universel n'a jamais cessé d'avoir des lecteurs. Toujours très lue et auteur d'un best-seller qui représente encore aujourd'hui la plus belle carte de visite de la Suède, Les aventures de Nils Holgersson, la Suédoise n'est pas seulement la douce conteuse qu'on a bien voulu nous décrire, même si son art du récit est impressionnant. En elle se débattent deux fortes tendances de l'âme scandinave : le goût la rêverie et le cauchemar du réel qui vient empêcher l'affirmation de soi.

La veine décadente, très active chez nous, permettra l'éclosion de quelques grandes figures dont celle, de nouveau très visible, de Hjalmar Söderberg qui, par sa peinture des troubles amoureux reste d'une vive modernité, pessimiste convaincu qui voit dans l'Amour la seule issue à l'homme empoissé dans son siècle (Le jeu sérieux, 1912).

Quelques grands noms s'imposent presque au même moment sans qu'on sache trop, et c'est heureux, où les placer : Gunnar Gunnarsson, auteur islandais qui écrivit en grande partie dans la langue de l' »occupant » danois et possède un souffle épique et intimiste à la fois qui en fait un des génies méconnus de ce siècle. Que l'on pense à Vaisseaux dans le ciel que Stock s'aviserait bien d'enfin rééditer, L'Oiseau noir disparu du catalogue d'Arléa ou Frères jurés sur l'arrivée des vikings en Islande.

Avec Knut Hamsun c'est à un monument, très controversé auquel on a affaire, le norvégien cristallisant sur sa personne des haines tenaces dues à ses délires tardifs, notamment la nécrologie d'Hitler que la Norvège qui connut une rude occupation, a du mal à lui pardonner. De Faim, son premier livre bouleversant et terrible, en passant par Le cercle s'est refermé (1936), son parcours de combattant qui voit ses idéaux anéantis tout en espérant une transcendance qui tarde, le conduit à railler les utopies qu'on le sent prêt à aimer, ses livres sont peuplés de vagabonds, personnages qui résument ses aspirations à fuir une société liberticide et à gagner un impossible amour. Inclassable, il peut devenir un compagnon de route redouté et admiré.

Beaucoup d'auteurs vont illustrer une veine très riche en Scandinavie, le roman populaire nourri d'un culte ou d'une célébration de la nature et des traditions, mais ils nous ont presque tous échappés à l'exception de Martin Andersen Nexo dont Pelle le Conquérant connut une vraie reconnaissance (merci le cinéma), mais qui souffre peut-être d'une lourdeur dans la démonstration d'un prolétariat sauvé plus par l'humanisme que l'idéologie. Des écrivains viendront plus tard qu'on appellera « prolétariens » et qui, moins démonstratifs, gagneront en intensité.

Un Prix Nobel danois nous reste aussi scandaleusement méconnu malgré quelques traductions, Johannes V.Jensen : sans doute son côté profondément exalté le dessert-il aujourd'hui où la célébration des énergies paraît pour le moins suspecte (Actes Sud tarde à réimprimer La chute du roi). Et puis son œuvre est torrentielle...

Sigrid Undset, un des rares écrivains notoirement catholiques, bénéficie d'une beaucoup plus forte notoriété et les rééditions récentes le prouvent. Deux grandes sagas l'imposent dans le monde entier : Kristin Lavransdatter et Olav Audunssoen. Le souffle puissant de la narration marié à un souci de la reconstitution historique que sa formation lui permettait entrainent le lecteur dans ces épopées maitrisées et habitées. Que l'ensemble soit parcouru d'une foi profonde ne ternit pas encore aujourd'hui leur charme. Car le destin de ses héros, ascensionnel et difficile, résiste à la seule lecture religieuse.

Avec ces grands noms toujours vivants pour la plupart au cœur des bibliothèques et des librairies, la Scandinavie a inscrit au panthéon de la littérature mondiale son importance. Ils constituent en quelque sorte le socle sur lesquels de nombreux auteurs vont pouvoir rayonner.


Lien vers « Un continent littéraire : la Scandinavie (partie 1) »

Lien vers « Un continent littéraire : la Scandinavie (partie 2) »

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