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Ce que nous garderons de 2008 : les polars

Publié le 31/12/2008
Pour notre plus grand plaisir, l'année 2008 fut noire. En l'absence des stars du genre qui se sont faites discrètes, quelques outsiders ont eu l'occasion d'arpenter le devant de la scène...
Commençons par la minute triste – donc pas celle de Monsieur Cyclopède !- : cette année, nous regretterons les disparitions suivantes, par ordre alphabétique : James Crumley (photo), Frédéric H. Fajardie, Tony Hillerman et Janwillem van de Wetering – paix à leurs âmes et merci pour leurs livres !
Passons aux titres qui nous ont enthousiasmés, fait frémir ou enchantés !

Cette sélection est un instantané de notre année 2008 et commence par l'évocation de polars noirs : une rencontre avec Georges Pelecanos et Antoine Chainas, respectivement auteurs des Jardins de la mort et de Versus.  La ville de Washington est au centre des Jardins de la mort, polar de procédure classique, qui voit ressurgir un mystérieux tueur, dit au palindrome. Versus confirme le talent noir d'Antoine Chainas : un inspecteur habité, jusqu'au-boutiste en diable, veut mettre fin aux agissements de pédophiles dans une ville anonyme du sud est de la France. Ce titre est, pour tout dire, un véritable uppercut ! À la Série Noire, comme A. Chainas, Caryl Férey nous a livré le terrible Zulu, tableau sombre et hanté de l'Afrique du Sud, contrée violente et fascinante – vision que ne démentent pas les natifs de ce pays,  Louis-Ferdinand Despreez en tête, avec L'homme qui marche à pied, deuxième volet des enquêtes de l'inspecteur Zondi, dans la collection Phébus Noir.
 Prenons la direction des Etats-Unis, terre de polar par excellence, pour mettre en exergue un nouveau venu, un revenant, la confirmation d'un immense talent et un juste retour en avant. Le « petit nouveau », c'est le britannique R.J Ellory, dont la première traduction, Seul le silence, affole les lecteurs que nous sommes : ce grand roman d'apprentissage est intimement lié à une série de meurtres qui s'étend sur trente ans, entre l'état de Géorgie et une ville de New-York sublimée par cette belle plume. Mentionnons au passage le très référencé premier roman du français Stéphane Michaka, La Fille de Carnegie, dont la très belle évocation de New York est doublée d'un huis-clos digne d'un grand film noir.  
Joseph Wambaugh revient au sommet de sa forme après plus de dix ans de silence en France (la dernière traduction date de... 1995 !) avec un superbe roman de procédure, Flic à Hollywood et  nous rappelle l'existence du « disciple préféré d'Ed McBain » à travers cette évocation de la vie du commissariat d'Hollywood.
Pete Dexter confirme quant à lui tout le talent qu'on lui prêtait déjà avec God's pocket, traduction de son premier roman (écrit en 1983), où toutes les immenses qualités de l'auteur s'illustrent déjà  : personnages magnifiques, écriture limpide et construction sans faille – une mécanique parfaite, en somme !
Thomas H. Cook, c'est un peu le discret du milieu de la salle, dont la très belle production, régulière, depuis plus de dix ans, de suspenses psychologiques habilement construits ne nous laissent jamais indifférents. Avec Les Feuilles mortes, il récidive en beauté, nous plongeant au coeur des doutes d'un père dont le fils, adolescent, est accusé de l'enlèvement d'une petite fille.

Traversons le Pacifique, pour deux belles découvertes : Andrew McGahan et le duo Henshaw & Clanchy. Australia Underground propose une vision post-onze septembre 2001 de l'Australie et A. McGahan  démontre la possibilité d'une dérive sécuritaire dans les démocraties occidentales : un magnifique roman de politique fiction ! L'Ombre de la chute poursuit les aventures de l'ambigu inspecteur Glass, pour un thriller violent, dont l'accent inquiétant rappelle l'inoubliable Silence des agneaux. Le titre de « frisson de l'année » convient totalement à cette histoire dévastatrice.

Pour finir, le Vieux Continent, dont les polars venus du Nord ont continué à nous régaler, grâce en particulier à Theodor Kallifatides, suédois d'adoption, avec Juste un crime, à la fois roman de procédure policière à l'intrigue serrée et portraits minutieux de personnages ambivalents, dressant à travers eux un portrait nuancé de ce pays. Soulignons au passage l'excellente initiative des éditions Rivages qui rééditent la série mettant en scène Martin Beck, personnage créé par le couple suédois Maj Sjöwaal et Per Wahlöö en 1965. Cette série qui débute brillamment avec Roseanna compte au total dix épisodes – elle influencera notamment Henning Mankell, Arnaldur Indridason...

Un peu plus au sud, dans les îles britanniques, deux auteurs dynamitent avec talent l'image du détective privé : les destins de Jack Taylor – personnage de Ken Bruen – et de Robin Llewellyn, créé par Robert Lewis, sont des instants saisissants de noirceur jubilatoire, de fuite en avant, sans rémission. Les dernières péripéties de nos deux beautiful losers se situent en Irlande avec La Main droite du diable, cinquième « enquête » de Taylor, tandis que les errances galloises de Llewllyn sont racontées dans Swansea terminal.

2009 sera placée sous les auspices de Denis Lehane et de James Ellroy, pour ne citer qu'eux...
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