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Céline (1894-1961), 50 ans après (II)

Publié le 08/06/2011
Deuxième partie de notre dossier Céline...
Malgré l'échec du Goncourt en 1932 (l'obtention du Renaudot fut une maigre consolation), ce spécialiste dévoile combien Le Voyage au bout de la nuit ou Mort à crédit (1936) ont révolutionné la littérature brusquement orientée vers une modernité ostentatoire et dérangeante. C'est ce point de rupture définitif et l'influence de Céline sur ses héritiers qu'analyse en détail Philippe Roussin dans son ample ouvrage Misère de la littérature, terreur de l'histoire : Céline et la littérature contemporaine. Parler oral argotique mêlé au lyrisme, crudité des images et noirceur d'une humanité en déshérence sont quelques-unes des forces immédiatement reconnaissables de cet auteur déjà jugé scandaleux, haï autant qu'admiré bien avant les fameux écrits maudits entre 1937 et 1941 (Bagatelles pour un massacre, L'école des cadavres et Les Beaux Draps). Dans la réédition de Nausée de Céline, l'essayiste Jean-Pierre Richard explique en quoi le symptôme de la nausée du narrateur au début du Voyage fait écho à la déchéance du monde dépeint par Céline. Alors qu'il se présentait avant tout comme un « homme de style » pour lequel les « idées ne [l'] intéressent pas », les lecteurs en quête d'informations sur le contexte de rédaction des pamphlets et leur réception pourront se reporter à l'ouvrage Les idées politiques de Céline de J. Morand. Les plus passionnés trouveront leur bonheur dans la récente réédition de Céline, fictions du politique où Yves Pagès démonte la complexité de l'idéologie célinienne, entre tentation anarchique, pacifique, utopisme et racisme… Philippe Muray rédigea en 1981 un essai sobrement intitulé Céline. Son regard percutant s'élève contre la liquidation de ce « monstre sacré » sans lequel la littérature serait amputée, prenant ainsi le contre-pied du Contre Céline de Jean-Pierre Martin en 1996 qui déclare récemment regretter ce brûlot et assumer son « admiration pour ce grand écrivain qui a creusé au cœur de la condition et de l'espèce humaine ».

David Alliot vient de signer Céline, la légende du siècle qui ravira les amateurs à la recherche d'une synthèse rigoureuse et curieuse toujours à mi-chemin de la vie et de l'œuvre. Cette rapide monographie se complète des dernières découvertes biographiques qui ne cessent d'évoluer notamment grâce à la progressive mise au jour de l'abondante correspondance de ce romancier également grand épistolier (neuf lettres inédites complètent ce mince volume). D'un Céline l'autre qui vient de paraître chez Robert Laffont reprend en guise d'introduction cette analyse biographique que David Alliot complète par 200 témoignages quasiment tous inédits de ceux qui ont partagé la vie de Céline (patients, amis, femmes, éditeurs, écrivains adversaires ou admirateurs). Cette approche originale et vivante recompose un portrait surprenant souvent bien éloigné des clichés que le mythe a élaboré au fil des années (voir à ce propos Céline idées reçues du même David Alliot).

L'énigme Céline ne cesse de fasciner et d'inspirer : une collection « Céline&Cie » dirigée par Emile Brami aux éditions Écriture lui est consacrée, et les éditions charentaises Le Lérot publient L'année Céline qui fait le bilan de l'ensemble des publications autour de l'écrivain ainsi que des documents exceptionnels comme, dernièrement, Le procès de Céline, compte-rendu minutieux des poursuites judiciaires à son encontre au moment de l'Epuration des antisémites après sa fuite, son arrestation et séjour en prison au Danemark (1945-1951). Ces années d'exil sont rapportées par David Alliot dans L'affaire Louis-Ferdinand Céline et, à l'opposé, un beau livre Féerie pour une autre fois reproduit les fac-similés de ses carnets de prison. En 1944, juste avant son exil, Guignol's band (la suite, Guignol's band 2 ou Le Pont de Londres sera posthume en 1964) laisse entrevoir selon Henri Godard une sensibilité méconnue face à la beauté des bords de la Tamise (l'action s'y situe alors que le jeune cuirassier Destouches s'y trouvait réformé en 1915 à la suite d'une blessure sur le front) et une euphorie souvent éludée. De retour en France à Meudon à la suite de son amnistie en 1951, les éditions Gallimard reprennent la publication de ses œuvres avec en 1952 et 1954 deux romans d'avant-guerre Féérie pour une autre fois et Normance (ou Féérie pour une autre fois 2), premier tome de sa Trilogie allemande.

Un inédit et passionnant regard posé sur Céline à la fin de sa vie nous est offert par les éditions Montparnasse grâce à un double coffret DVD exceptionnel comprenant un livret d'Emile Brami ainsi que quelques richesses et raretés : des reportages sur le Prix Goncourt manqué de 1932 et des témoignages de proches côtoient un documentaire de Michel Polac daté de 1969 qui composent un portrait de Céline à travers ceux qui l'ont connu. Trois entretiens télévisés avec Céline réalisés entre 1957 et 1960 ainsi qu'une lecture par l'auteur en personne d'un extrait de Nord, second volet paru en 1960 de sa Trilogie allemande valent de figurer dans toute bibliothèque et vidéothèque d'amateur ou curieux ! Ce dernier ensemble se conclut le 30 juin 1961 avec l'achèvement de Rigodon (publié en 1969) et, comme si l'homme rejoignait définitivement son œuvre, la mort de Céline le lendemain même (le 1er juillet 1961) n'éclipsera toutefois pas la certitude que cinquante ans après, ce mystère n'a pas fini de faire parler de lui.


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