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François Furet : un combat contre l'illusion

Publié le 14/03/2007
Historien de la Révolution française et de l'illusion communiste, François Furet disparaissait il y a dix ans. Il avait choisi l'histoire comme discipline la plus englobante et comme terrain tout désigné d'une mise à l'épreuve de la théorie.

Son oeuvre pourrait d'ailleurs contenir dans l'une de ses citations : "Problèmes de la révolution et dilemnes de la démocratie".
D'un bout à l'autre de sa recherche, on voit ainsi François Furet passer de la Révolution française, tragédie greffée sur une espérance, à l'illusion communiste, espérance greffée sur une tragédie, en parcourant dans l'intervalle toutes les incarnations de la pensée révolutionnaire.

Son premier livre, écrit avec Denis Richet en 1965, La Révolution Française, reste marqué par une histoire sociale d'inspiraton marxiste et a fait de lui avec son texte suivant Penser la Révolution, un spécialiste de la période. Mais peut-on réduire l'oeuvre de François Furet à la seule Révolution Française ?

Au delà de la Révolution française, c'est tout le cycle révolutionnaire qui l'intéressait. En amont, un long XVIIIe siècle, qui manifeste un basculement de l'ordre du monde : il était alors convaincu que la révolution rend visible, bien plus qu'elle ne fait surgir, quelque chose qui est déjà accompli.

D'autre part, en aval,il se représente un 19ème siècle qui n'en finit pas de dérouler les conséquences de la révolution. Il était l'historien non d'un événement singulier, mais d'une nation révolutionnaire, osant de plus, des comparaisons avec l 'Angleterre ou la Russie.
C'est en découvrant l'échec des politiques volontaristes (le jacobinisme se nourrissant d'une exaltation constructiviste de la volonté) qu'il a été conduit à repenser la part du politique dans les sociétés démocratiques. De là, une redéfinition de la Révolution française comme moment fondateur de la conscience politique moderne. De là aussi, l'intéprétation de trois grandes formes politiques inventées par le XXe siècle : fascime, nazisme, communisme.

Cette nouvelle ouverture le conduit à mettre alors l'accent sur une histoire essentiellement politique. Alors que régnait dans l'histoire contemporaine le tabou qui interdisait tout rapprochement entre nazisme et communisme, il le lève résolument. Dans son dernier livre Le passé d'une illusion : essai sur l'idée communiste au XXe siècle, dont l'intention est de "comprendre les représentations imaginaires à travers lesquelles tant d'hommes ont vécu la politique révolutionnaire au XXe siècle", il renoue avec son passé communiste et le fait d'être lui-même sorti de l'illusion.
Lourdement critiqué pour sa méthode comparative, il apporte pourtant une précieuse contribution à la découverte des traits qui distinguent les deux régimes.

Toujours proche des questions brûlantes de l'époque, il aimait déchiffrer le présent grâce aux grilles du passé. Sa pratique régulière du journalisme (au Nouvel Observateur) lui offre alors une capacité d'analyse en dehors des grands courants académiques et de son parcours d'historien des idées. On retiendra ainsi, de son intinéraire, sa façon de combiner l'énergie de l'investigation intellectuelle avec le bonheur de l'écriture.

Biographie express

27 mars 1927 : Naissance de François Furet
1954 : Agrégation d'histoire
1959 : Rupture avec le parti communiste
1965 : La Révolution française (avec Denis Richet)
1977-1985 : président de l'EHESS
1978 : Penser la Révolution française
1985 : Professeur à l'Université de Chicago
1988 : La révolution, de Turgot à Jules Ferry ; La république du centre - La fin de l'exception française (avec Jacques Julliard et Pierre Rosanvallon)
1992 : Dictionnaire critique de la Révolution française (avec Mona Ozouf)
1995 : Le passé d'une illusion
1997 : élection à l'Académie française où il succède à Michel Debré
12 juillet 1997 : mort au cours d'une partie de tennis. Il ne sera jamais officiellement reçu à l'Académie.
1998 : Fascisme et communisme (avec Ernst Nolte)

François Furet est docteur honoris causa des Universités de Tel Aviv et Harvard. Il est membre de l'American Academy of Arts et Sciences, de l'Armerican Philosophical Society.

Il a reçu pour l'ensemble de son oeuvre : le prix Tocqueville (1960), le prix européen des Sciences Sociales (Amalfi 1996), le prix Annah Arendt de la pensée politique (Brême 1996) et pour son son livre Le passé d'une illusion, le prix du Livre politique, le prix Chateaubriand, et le prix Gobert de l'Académie française (1996).

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