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Génération Geeks

Publié le 26/04/2010
A l'époque du tout numérique ou du tout virtuel, la littérature se fait l'écho d'une obsession croissante pour la modernité. Coup de projecteur sur les geeks d'aujourd'hui !
Munis de leur téléphone portable dernier cri, de leur baladeur mp3 nouvelle génération (si vous en êtes encore aux cd, vous rentrez dans la catégorie des dinosaures, et ne parlons même pas des cassettes...), connectés 24h/24 à leurs amis et au monde virtuel via internet (msn, blogs, facebook, twitter, jeux en ligne, j'en passe et des meilleurs), adeptes de toutes les nouvelles technologies, voilà sous quels traits s'incarnent les geeks d'aujourd'hui.
Il s'agit en effet de prendre ce terme dans son acception la plus vaste, sans se cantonner aux férus d'un domaine particulier (généralement scientifique). Dès lors, n'en faisons-nous pas tous partie, en dehors de quelques irréductibles ? Où se situe la limite entre l'acharné et le réfractaire ? Il semblerait que le bon sens à lui tout seul soit en mesure d'apporter des éléments de réponse, mais est-il encore la chose du monde la mieux partagée ?...

En ce qui nous concerne, s'il est impossible de prédire ce qu'il restera des montagnes de romans qui paraissent chaque année d'ici un siècle ou deux, de savoir lesquels auront survécu à l'épreuve du temps et seront désormais considérés comme des classiques représentatifs du XXIe siècle, on peut en revanche se douter qu'en tant que reflets de notre époque, ils laisseront apparaître ici et là des petits objets appartenant à la panoplie du parfait geek.

En attendant, voici une petite sélection de romans mêlant nouveautés et titres plus anciens dont nous ne pouvions pas faire l'économie qui partagent le fait de mettre en scène des hommes et des femmes dont la vie quotidienne apparaît comme profondément affectée par les outils modernes de télécommunication.

Chez les étrangers, commençons par deux romans très demandés ces temps-ci. Quand souffle le vent du nord, écrit par l'Allemand Daniel Glattauer raconte l'histoire d'amour qui naît entre une jeune femme et l'homme à qui elle a un jour envoyé un mail par erreur, événement qui vient marquer le début d'une correspondance aussi suivie que passionnée. Il s'agit d'un roman très contemporain et facile à lire qui pourrait bien faire partie des romans de l'été s'il continue sur sa lancée.
Pour sa part, le dernier roman de Douglas Coupland, intitulé jPod , met en scène un groupuscule constitué d'une demi-douzaine de concepteurs de jeux vidéos qui travaillent pour le studio éponyme, sur la côte ouest canadienne. Ses innombrables jeux de mots et excentricités visuelles confèrent à ce roman un certain caractère expérimental.
Troisième livre de Daniel Kehlmann (le génial auteur des Arpenteurs du monde) traduit en français, Gloire, se présente comme un ensemble de neufs nouvelles ayant pour fils conducteurs d'une part le thème de la célébrité et d'autre part l'usage de moyens modernes de télécommunication généralement défaillants, le tout donnant lieu à des situations bien souvent absurdes, désolantes et pleines d'ironie. Si ce livre, que nous avions beaucoup aimé, a maintenant plus d'un an, sa récente sortie en poche est pour nous l'occasion de le remettre en avant.
Portable, le dernier recueil d'Ingo Schulze se présente comme une variation sur le même thème. L'étrange s'immisce généralement dans un quotidien qui paraît au départ d'une banalité déconcertante, un peu à la manière de certains hispanophones bien connus comme Cortazar, Borges ou Pamies.
Souvenons-nous également de Guerre à Harvard, signé par le tout jeune écrivain Nick McDonell, dans lequel il décrivait de sa plume fraîche et acérée un groupe de jeunes intellectuels de Harvard, dont Mark Zuckerberg, connu comme le fondateur de facebook.
N'oublions pas non plus Nulle et grande gueule, de la grande Joyce Carol Oates, excellent roman dressant un portrait très aiguisé de la société américaine actuelle, notamment de ses adolescents. Inspiré de la tristement célèbre tuerie de Colombine, ce roman dépeint un duo de fortes têtes qui apprend à se connaître par e-mails avant de se rencontrer en chair et en os.
Install, de Risa Wataya se déroule également dans un univers adolescent, dont les deux personnages principaux se lancent dans la gestion de services pornographiques en ligne.
Enfin, Electric, de Chad Taylor, mettait en scène un récupérateur de données informatiques au bout du rouleau. A la lecture de ce roman à l'ambiance que l'on qualifiera de « poisseuse », on ne peut qu'être frappé par la transparence de toutes les informations personnelles que l'on peut accumuler sur un ordinateur. En un mot, dès qu'il s'agit d'informatique, le secret n'existe pas...

Petit ovni nous servant à effectuer la transition vers la littérature française, La twittérature se présente comme une cinquantaine de ré-écritures de chefs d'œuvre de la littérature mondiale en version twitter, c'est-à-dire en mini-messages. Voici un livre qui ne pouvait que faire parler de lui, quelle que soit la teneur des appréciations qu'il suscite !...

Du côté des Français, maintenant, comment ne pas penser à L'autofictif d'Eric Chevillard, ouvrage qui se présente comme la version livresque du blog éponyme de l'auteur, dans lequel il se moque de la tendance actuelle des romanciers français à verser dans l'autofiction. Avec sa forme originale et son humour grinçant, ce livre s'impose comme une expérience littéraire des plus inventives.
Quelque chose en lui de Bartleby, de Philippe Delerm, relate pour sa part l'histoire d'un employé plutôt discret de la Poste qui se met par hasard à tenir un blog dont il finira par subir le succès. Des milliers d'internautes s'identifieront en effet à lui et aux émotions qu'il dévoile quotidiennement, cherchant par tous les moyens à le joindre pour lui faire part de leur engouement et de leurs réactions.
Kennedy junior, de Pierre Mérot, met lui aussi en scène un blogueur acharné sous les contours d'un jeune geek de 13 ans baptisé Ulysse, qui passe le plus clair de son temps à obscurcir celui-ci derrière l'écran de son ordinateur et à raconter sa vie dans son blog.
Enfin, nous n'oublierons pas d'inclure J'habite dans la télévision de Chloé Delaume, qui, comme l'indique son titre, se concentre plutôt sur l'univers cathodique et sur ses influences sur le cerveau humain.

Pour clore notre sélection, voici enfin quelques références de polars, dans lesquels les échanges de mails ou la tenue de blogs s'avèrent souvent déterminants pour l'action. On peut ainsi penser à Meurtre d'un gigolo de Mehmet Murat Somer, Venise. net de Thierry Maugenest, Ceux qu'on aime de Steve Mosby, Meurtre.com de Jeffery Deaver, ou encore Ne le dis à personne... d'Harlan Coben.
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