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Julien Gracq, hommage à une légende

Publié le 27/07/2010
L'écrivain Julien Gracq, disparu en 2007, aurait eu 100 ans cet été. Légende d'un siècle, « l'écrivain flamboyant » fut le premier auteur à avoir vu de son vivant l'intégralité de son œuvre éditée dans la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade » des éditions Gallimard.
Né en 1910 à Saint-Florent-le-Vieil, dans le Maine-et-Loire, Louis Poirier, après ses années d'internat à Nantes, un diplôme de sciences politiques et une agrégation d'histoire et géographie, devient professeur.

En 1938, soutenu par l'éditeur José Corti (qui éditera finalement toute son œuvre), il publie à compte d'auteur Au château d'Argol qui ne reçoit pas le moindre laurier critique. L'ouvrage avait d'ailleurs été refusé par la NRF. Il est publié sous le pseudonyme de Julien Gracq, afin de « séparer nettement son activité de professeur de son activité d'écrivain », dit-il. Le prénom est un hommage à Julien Sorel, le héros du Rouge et le Noir de Stendhal, tandis que le nom fait aux Gracques de l'Histoire romaine, davantage choisi pour sa sonorité.
Il rencontre, à cette époque, André Breton. Bien que les deux hommes s'apprécient mutuellement, Gracq refusera de se joindre officiellement au groupe des Surréalistes.

Puis vient la Seconde guerre mondiale. Louis Poirier est mobilisé, capturé et déporté en Silésie. Malade, il est rapatrié et redevient enseignant.

En 1950, Julien Gracq publie La Littérature à l'estomac dans lequel il dénonce la corruption du système français des prix littéraires ainsi que la vanité et l'incurie de nombreux éditeurs. Aussi, en 1951, il refuse le prix Goncourt qui lui est attribué pour le Rivage des Syrtes.

En 1958, il publie Un balcon en forêt, récit de sa « guerre » dans les Ardennes. Ce sera son dernier roman.
A partir de 1960, il publie essentiellement des textes critiques affirmant une position esthétique et morale aussi singulière que cohérente, tout entière tournée vers les puissances de l'esprit : « La seule littérature nécessaire est toujours réponse à ce qui n'a pas encore été demandé. »

En 1970, il publie La presqu'île, un recueil de nouvelles qui seront ses dernières œuvres de fiction. Louis Poirier devient retraité de l'éducation nationale et s'installe définitivement à Saint Florent-le-Vieil, dans la maison de ses parents, en Maine-et-Loire.

Les années 1980 sont la décennie de la consécration pour l'écrivain : la publication de En lisant, en écrivant (en 1980) marque un tournant dans la réception critique de son travail ; au-delà de l'œuvre romanesque, le travail critique et réflexif de l'auteur est mis en avant. En 1981, un colloque est organisé à l'université d'Angers autour de son œuvre. L'année suivante, Le Rivage des Syrthes est au programme de l'agrégation de Lettres Modernes. Enfin, en 1989, les éditions Gallimard entreprennent, honneur très rare, de publier de son vivant Les œuvres complètes de Julien Gracq, dans la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade ».

Géomorphologue de formation, il fut un excellent descripteur de paysages : La forme d'une ville, Les eaux étroites et Autour des sept collines en témoignent.
Son dernier ouvrage est un recueil d'entretiens paru chez son éditeur de toujours, José Corti.

Louis Poirier a enseigné la géographie et l'histoire durant trente-six ans. Julien Gracq a publié dix-neuf livres. Il a été traduit dans vingt-six langues.

Le discret Louis Poirier, devenu fameux malgré lui sous le pseudonyme de Julien Gracq est mort des suites d'un malaise le 22 décembre 2007, à Angers. Il a légué tous ses manuscrits à la Bibliothèque Nationale de France dont les fameux Notules, une série de 29 cahiers, dont seule une infime partie a été publiée dans les deux volumes de Lettrines. selon ses dernières volontés, la partie inédite ne pourra être éditée que vingt années après sa mort...
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