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La Corée, si loin, si près...

Publié le 19/11/2003
Il ya peu, madame Kim Bona présentait dans nos murs sa traduction des poèmes de Yi Sang, poète coréen. Ce fut pour certains d'entre nous l'occasion d'une découverte, celle de la Corée et de ses littératures. A notre tour de vous passer le relais avec ce bref aperçu...

Depuis une dizaine d'années , les éditeurs français commencent à se pencher sérieusement sur la littérature coréenne. En effet, il aura fallu attendre les années 90 pour qu'un important travail de traduction se mette en place. Le choix reste cependant réduit (en 2002,on recense 113 ouvrages traduits et 82 auteurs identifiés). On peut néanmoins tenter de retracer une histoire non exhaustive d'un littérature coréenne profondément inscrite dans l'histoire de ce pays, avec ses influences religieuses et ses différents séismes politiques.

L'histoire de cette littérature se divise traditionnellement en deux périodes. L'époque classique, qui s'étend des origines à 1919 où la nouvelle littérature prend le relais, jusqu'à nos jours.

La littérature classique trouve ses sources dans l'histoire de la Chine et son art de la poésie. Elle est très influencée par les différentes religions qui se succèdent : le chamanisme, le bouddhisme - religion officielle durant les deux royaumes Silla (676-735) et Koryo (918-1392) ainsi que  par les confucianisme (Choson 1392-1910).
La poésie de cette époque décrit un amour de la fusion entre la nature et l'homme. Les bons sont récompensés et les méchants punis. Ce genre dominant évolue toutefois dans sa forme au cours des royaumes, on peut en effet rattacher le hyangga à  Silla, le sijo à Koryo et enfin le kasa à Choson.
C'est une littérature qui demeure cependant très orale et c'est la raison pour laquelle on ne peut trouver que quelques écrits.

La date de la naissance du Han'gul (écriture du peuple )marque un pas considérable vers la modernité littéraire.
En 1443, le roi Séjong (voir l'illustration), soucieux d'éduquer son peuple en l'encourageant à lire crée l'alphabet coréen, le Hang'ul. La langue écrite est alors le chinois et seuls quelques privilégiés peuvent s'exprimer et communiquer par écrit. En dépit de cette volonté de pouvoir écrire ses sons coréens en écriture coréenne, il faudra attendre deux siècles (XVII) pour lire une littérature réellement coréenne, d'abord en chinois, puis en coréen.
Vers la fin de la période Choson (1392-1910), la littérature est un loisir réservé aux nobles pour l'essentiel rédigée en chinois. Les nouveaux récits d'une tortue dorée, premier roman de par son cadre purement coréen et sa fin tragique est donc écrit en chinois. Mais le véritable premier roman en coréen serait L'histoire de Hong Kilton ou l'auteur  Ho Kyun dénonce les inégalités de la société Choson.

La "nouvelle littérature"  émerge très tard. Il est convenu de la faire naître en 1919, date des manifestations en faveur de l'indépendance face aux japonais. Durant cette  période d'occupation qui va durer jusqu'en 1945, l'usage de la langue coréenne est officiellement très limité voire interdit. Le japonais devient par décret la langue officielle, le système éducatif japonais s'impose également. Ce régime de dictature est de plus en plus insupportable pour les intellectuels,  il se développe alors un fort sentiment  patriotique et la langue coréenne devient, sinon une arme, du moins une langue de résistance.
La littérature de ces années est donc liée à la résistance contre l'envahisseur. Une conscience nationale s'exprime. Ch'oe Nam-Son donne jour à la poésie en vers libres ; Yi Kwang-Su commence à écrire des
romans modernes…

Après la libération, on aurait pu espérer un renouveau, hélas de nouvelles crises arrivent très tôt (la partition en 1948, la guerre de Corée, et les différents régimes totalitaires) et étouffent la création littéraire. Le traumatisme de la guerre s'est exprimé dans le monde littéraire à travers l'affirmation de la continuité de la vie pendant la guerre et l'humanisme anti-communiste.

Dans les années 60, les auteurs sont désarmés face à l'évolution politique et annoncent une littérature de plus en plus engagée. Face à la forte industrialisation des années 70 et ses conséquences économiques et sociales, c'est une réaction teintée de nationalisme populaire qu se dessinent à travers les textes.

Dans les années 80, le mode d'écriture devient de plus en plus libre. Les romanciers commencent à s'éloigner de la nouvelle. On a à faire à une classe populaire active, marqués par l'idéologie, et de plus en plus d'écrivains, observateurs de leurs contemporains, se penchent sur la manière dont les gens réagissent aux contraintes de la modernité.

Les années 90 voient apparaître une littérature féminine - sinon féministe – d'auteures dont le souci est de décrire les femmes dans un monde dominé par les hommes. Influencées par le nouveau roman, elles mettent l'accent sur le monde intérieur, et évoquent le manque d'émotions que la modernité peut engendrer

Depuis, les auteurs comme Song-Dong Kim ou Ch'oe In Ho ont marqué notre époque dans la recherche d'une identité coréenne et le retour à des valeurs spirituelles. Enfin, Yun Dae-Nyeong ou encore Kim Young-Ha s'inscrivent dans la nouvelle génération qui exploite la psychologie déphasée de notre époque.

Isabelle Bossard

 

La suite : Cinq auteurs, parmi d'autres…

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