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La rédemption par le polar... 1

Publié le 23/08/2010
La prison, le trou, la taule, le couvent, le gnouf, la cabane, la zonzon, le violon, le ballon, le placard, la bigne... autant d'expressions pour désigner l'univers carcéral. Nombre de romans policiers s'en sont inspirés, quand ce ne sont pas les auteurs eux-mêmes qui ont été faire un tour à l'ombre, tirant de leur expérience la matière de grands romans noirs. A commencer par les Américains, grands maîtres du genre…

C'est en prison, entre deux malversations, escroqueries ou braquages, qu' Edward Bunker(né en 1933 à Hollywood) découvre les livres et se met à écrire. Il purge un total de dix-huit ans de réclusion – alternant sorties, remises de peine, nouvelles condamnations, avant de s'en sortir définitivement en 1975 - expérience qui lui forgera un style sans complaisance et donnera matière à ses histoires, à la fois réalistes, violentes et humanistes, dénonçant le système pénitentiaire. Enfermé, il lit avec voracité, écrit des nouvelles, puis des romans. Son premier manuscrit, Aucune bête aussi féroce est publié en 1973, la chance lui sourit avec le deuxième, La bête contre les murs qui est adapté au cinéma en 1978 avec Dustin Hoffman. Dénominateur commun de ses ouvrages, y compris le suivant, La bête au ventre : le monde de la prison, passé au filtre de l'introspection, acquérant presque valeur de documentaire. Bunker apparaît au cinéma dans le film de Quentin Tarentino Reservoir dogs où il interprète… un gangster ! Son dernier livre L'éducation d'un malfrat est une autobiographie où il retrace son parcours : père alcoolique, parents divorcés, placement en internat, maison de redressement, prison, jusqu'à la rédemption du taulard paria qui s'en sort grâce à l'écriture.

Donald Goines est né dans le ghetto noir de Detroit en 1937. Délinquant juvénile, toxico, il fait trois séjours en prison, chaque fois qu'il en sort, c'est pour y replonger (il passera six ans et demi de sa courte vie derrière les barreaux). Il achève en prison son premier livre Fils de pute qui met en scène l'histoire d'un mac du ghetto. De 1971 à 1974, il écrit une quinzaine de romans, terrifiante vision des ghettos noirs de Los Angeles et de Detroit, dont les titres parlent d'eux-mêmes : Ne mourez jamais seul, Justice blanche, misère noire, Street players, L'accro, Truands and co… L'univers de Goines est celui de la rue, de la came, de la prostitution, de la guérilla urbaine. Il écrit dans l'urgence, dans une course folle pour se procurer de l'argent, et par suite, de l'héroïne. Il invente le personnage de Kenyatta, leader noir révolutionnaire, qui reviendra à quatre reprises dans son œuvre, prônant le nettoyage des ghettos, l'éradication de la drogue, de la prostitution… et des flics ! Sa femme et lui sont retrouvés abattus par balles en 1974, Goines avait à peine 37 ans.

Le destin de Clarence Cooper présente de nombreuses similitudes avec celui de Goines. Comme lui, il est Américain de race noire, comme lui, il est né à Detroit (en 1934), comme lui, il est accro à la drogue, comme lui, il cherche des moyens de subsistance illicites, comme lui, il fait plusieurs séjours en prison, comme lui, il meurt jeune. Son corps sans vie est retrouvé dans une chambre d'hôtel de Manhattan, en 1978, cause de la mort : overdose. Son premier livre La scène paraît en 1960 aux Etats-Unis et est traduit en France dans la collection Série Noire en 1962. Régulièrement réédité, il constitue une fiction-documentaire sur l'enfer de la drogue. Dans son deuxième roman (datant de 1967) intitulé Bienvenue en enfer, la dimension autobiographique est là encore évidente : "La Ferme", nom de l'établissement dont il est question tout au long du livre, n'est autre qu'une prison fédérale pour drogués.

La légende dit que Chester Himes (1909-1984) a commencé à écrire en prison après avoir lu les livres de Dashiell Hammet. Après quelques peccadilles – cambriolages, faux et usage de faux - il tombe sous le coup d'une peine de vingt ans de réclusion pour avoir commis un vol à main armée. Il est âgé de 19 ans, sera libéré en 1937 pour bonne conduite après avoir purgé sept ans de peine. Après l'écriture de nouvelles, il s'attelle au roman : son premier paraît en 1945, S'il braille lâche-le, qui reçoit un bon accueil puis, en 47, La croisade Solitaire . Ce dernier est décrié aux Etats-Unis : l'histoire d'un jeune Noir idéaliste, syndicaliste, qui découvre les coulisses de la politique et du pouvoir, apprend à ses dépens la discrimination raciale, n'est pas du goût de tout le monde. En France, la critique est élogieuse. Himes s'installe à Paris en 1953, années de galère jusqu'à la rencontre avec Marcel Duhamel en 56 qui l'oriente vers le polar et lui ouvre les portes de la Série Noire. Il ne le regrettera pas puisque Himes obtient en 1958 le Grand Prix de littérature policière avec La Reine des pommes qui deviendra son roman le plus célèbre. Les personnages de Ed Cercueil et Fossoyeur deviennent vite incontournables (que l'on retrouve dans Il pleut des coups durs ou Couché dans le pain) et évoluent dans un Harlem où la violence quotidienne est compensée par un humour décapant qui rend dérisoires les pires bassesses. Dans la veine autobiographique Himes évoque l'expérience de la vie carcérale dans Hier te fera pleurer ,écrit en 1937, ce récit montre Jimmy Monroe confronté à un système carcéral dur et dégradant, qui possède ses propres règles. Regrets sans repentir constitue une somme autobiographique où l'écrivain se raconte… L'excellente biographie de James Sallis, Chester Himes : une vie,éclaircira les détails de la vie mouvementée (dissolue?) de Chester Himes.

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