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La résilience

Publié le 16/04/2003
Mais qu'est-ce qui fait courrir Boris Cyrulnik aux quatre coins de la France ? Des " vilains petits canards " dont il poursuit son étonnante description dans son dernier ouvrage Le Murmure des fantômes.

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la résilience ?

Cela ne serait guère étonnant au vu du succès que rencontre chaque ouvrage traitant de ce sujet et plus particulièrement de l'engouement que suscite chacune des parutions de Boris Cyrulnik. Cet éthologue (étude du comportements des animaux), neuropsychiatre et psychanalyste nous fit découvrir il y a quelques années, avec entre autres Un Merveilleux Malheur et ses Vilains Petits Canards, ce concept apparu chez les anglo-saxons depuis les années 50. Des enfants que la vie aurait dû broyer à travers ses pires épreuves parviennent à réussir leur vie et parmi eux on retrouve de nombreux artistes, l'art faisant l'effet d'une véritable psychothérapie ; on peut ainsi mentionner la chanteuse Barbara, le conteur Andersen, le romancier Charles Dickens ou encore toutes les Cosette et autres Tom Sawyer qui abondent dans nos littérature.

Les définitions abondent pour ce concept encore récent; La Fondation pour l'enfance le qualifie ainsi: "La résilience est la capacité d'une personne ou d'un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l'avenir en dépits d'événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois sévères ". Ce terme utilisé initialement en physique désigne la capacité interne d'un métal à retrouver sa forme initiale après avoir reçu un choc. En psychologie donc elle définit la capacité avec laquelle certains individus parviennent à surmonter des traumatismes psychiques graves tels que la guerre, la maltraitance ou encore le deuil. " Il faut avoir été mort " souligne Boris Cyrulnik qui tient à ce que ce concept ne soit pas édulcoré à l'instar d'un prozac prescrit à toutes les sauces. Elle concerne essentiellement les enfants, ceux qui parviennent ainsi à rebondir et à prendre, en quelque sorte, leur revanche sur les drames qu'ils ont subi.

Phénomène étonnant et complexe, la résilience ne cesse de poser des questions quant à son mécanisme. Boris Cyrulnik insiste sur deux éléments importants permettant cette résilience : tout d'abord des ressources internes qui se construisent dés les 6 dernières semaines de grossesse et surtout la première année après la naissance ; le développement d'une relation affective sécurisante et stable snourrit la personnalité et à laquelle l'enfant pourra avoir recours.

" La résilience est un tricot qui noue une laine développementale avec une laine affective et sociale" (Un merveilleux malheur).

Michel Hanus a vu dans la résilience des points de concordance avec le travail du deuil, thème sur lequel il a longuement travaillé ; car pour lui, " l'histoire de la résilience est aussi celle du traumatisme, des traumatismes et de leurs destins". Pour Michel Manciaux qui est a l'origine de beaucoup de travaux sur la maltraitance elle est "action, capacité de réagir, d'être actif, de pouvoir faire quelque chose avec le sentiment de pouvoir par soi-même améliorer sa situation", elle "est une intéraction dynamique à un moment déterminé entre un individu confronté à un événement exceptionnellement traumatisant, ce qui lui permet, au fil du temps, de mettre en action un processus de restauration dont nous pouvons, de l'extérieur, constater les effets, là encore à un moment déterminé et dans un contexte donné, processus qui semble permettre à l'intéressé de voire croître ses possibilités de développement personnel entraînant des effets positifs inattendus. "

La résilience se veut aussi et surtout un pavé dans la mare d'un pessimisme ambiant car elle s'insurge contre l'idée qu'un enfant ayant subi un traumatisme le répétera forcément plus tard sur ses propres enfants. " C'est totalement criminel de dire ça" s'insurge Cyrulnik, "et notre société l'a toujours dit : on a toujours voulu enfermer les enfants maltraités dans ce schéma là. (...) Il ne faut pas réduire la personne à son trauma ou l'enfermer dans un position de victime " . Ainsi une autre grande qualité de la résilience, et qui n'est certainement pas des moindres, c'est l'obligation qu'elle donne à repenser certaines institutions sociales, à améliorer l'écoute et l'aide à porter aux personnes - enfants, adolescents, adultes - en difficulté. -. Car comme la fait si bien remarquer M.Hanus, il faut se poser la question du revers de la médaille de la résilience, " la résilience comme un symptôme à la fois protecteur, à la fois expression d'une souffrance insondable qu'elle ne fait que masquer, la laissant perdurer, en s'efforçant de l'oblitérer .(...) La résilience doit nous inciter à rechercher avec prudence, avec patience, avec respect une souffrance méconnue parce que profondément enfouie sans postuler à priori qu'elle existe nécessairement ou surtout qu'il sera possible de la retrouver et de lui donner issue au grand jour à tout coup. "

Isabelle Soulié

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