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Monique Wittig, féministe d'avant-garde

Une actualité de Amandine
Publié le 21/10/2022
Née en 1935 et morte en 2003, Monique Wittig est une romancière, théoricienne et militante féministe lesbienne.
Monique Wittig grandit dans une famille catholique mais partage et vit son engagement féministe précoce avec sa sœur. Elle étudie les lettres et le chinois avant d’obtenir un doctorat d’étude littéraire.

Dès les années 1970, elle devient une grande figure du féminisme. Elle participe notamment à la fondation du MLF dont une des premières actions consiste à déposer une gerbe à la mémoire de la femme du soldat inconnu à l’Arc de triomphe. Elle a créé et participé à plusieurs groupes militants comme les Petites Marguerites, PsychéPo, Féministes révolutionnaires (devenues les Gouines rouges) etc. Elle signe aussi le manifeste des 343 pour l’obtention du droit à l’avortement. Néanmoins, son expérience au MLF est de courte durée puisqu’elle subit une pression des autres femmes due à son orientation sexuelle : elle revendique le lesbianisme politique. Elle s’exile alors aux États-Unis avec sa compagne où elle devient professeure.

Monique Wittig a produit un travail majeur sur le genre et la la sexualité et a notamment développé la notion de “contrat hétérosexuel”. Ses écrits féministes sont aussi empreints du courant de pensée du féminisme matérialiste qui consiste à penser le genre en termes de classes sociales opposées et qui prend en considération le travail visible et invisible des femmes.

Dans ses œuvres, la militante brouille les genres littéraires avec une volonté de déconstruire la grammaire. En ce sens, elle joue beaucoup avec les pronoms : le ils et elles dans Les Guérillères, j/e dans Le corps lesbien ou encore le on dans L’opoponax, grand roman sur l'enfance remarqué par Marguerite Duras. À l'exploration du genre social et grammatical s'ajoute la célébration des corps, au moyen d'une écriture physique, sensuelle et incarnée : Le corps lesbien, dont nous fêterons bientôt les cinquante ans de publication, rompt avec la tradition littéraire amoureuse en ouvrant un espace poétique libre et émancipé.

De l’évocation des embruns violets de la poétesse Sappho au mythe d’Orphée, Monique Wittig investit habilement le genre de la réécriture : dans Virgile, Non (1985) c’est l’Enfer de Dante qui ressurgit et laisse entrevoir un ultime paradis pour toutes les femmes, tandis que Le Voyage sans fin (1985) s’empare de Don Quichotte dans une perspective féministe et révolutionnaire.

L’écriture devenant alors un laboratoire, un « cheval de Troie », Monique Wittig entreprend une furieuse « lutte armée » dans Les Guérillères, publié en 1969. Épopée poétique et féministe, le cadre du récit et ses formes traditionnelles explosent pour esquisser une communauté de femmes, tantôt amantes, guerrières, architectes et créatrices. Peu remarqué par la critique à l’époque, ce texte unique et profondément d’avant-garde fait incontestablement date dans l’héritage et le matrimoine féministe. Véritable manifeste poétique, le vers « Elles affirment triomphant que/tout geste est renversement » donne la voix à de nombreuses artistes et militantes contemporaines : un nouvel horizon critique saluant aujourd'hui son talent, quand la réception de son vivant se montrait moins enthousiaste. Entourée de nombreuses penseuses féministes françaises et américaines, telle que la réalisatrice Sande Zeig, elles n'hésitait pas à se jouer du monde de l'édition, parodiant volontiers ses travers les plus conformistes dans Brouillon pour un dictionnaire des amantes (1976).

Monique Wittig, 20 ans après

À l’occasion des vingt ans de la mort de l’auteure, et grâce à l’association des Amies de Monique Wittig veillant à la promotion, la diffusion et l’étude de son œuvre, les études wittigiennes connaissent aujourd’hui une actualité bien vivante. Remarquons la publication de sa biographie, par Emilie Notéris dans la collection Icônes aux éditions Les Pérégrines.

Pionnière romantique, poétique et politique, sa pensée infuse également la scène culturelle et artistique contemporaine : en sculpture avec « Le paradigme du cercle » de Jennifer Caubet, au théâtre avec la mise en scène de L'Opoponax par Floriane Comméléran, ou encore dans le champs de la Recherche avec un colloque international mené par les Universités de Berkeley et de Genève. Enfin, pensons à l'hommage rendu aux Guérillères par Wendy Delorme dans Viendra le temps du feu (2021), une dystopie écoféministe invitant à poursuivre ses réflexions littéraires et politiques, deux perspectives indissociables pour cette formidable féministe d'avant-garde.

Un texte d'Amandine et Charline

Monique Wittig

... ou le lesbianisme politique

Le lesbianisme politique est un courant féministe radical qui invite à s'extraire de l'hétérosexualité et refuser les relations avec les hommes pour combattre le patriarcat en tant que régime politique. Monique Wittig l'a notamment théorisé dans son essai "La pensée straight".