Mais avez-vous imaginé un instant que faire la cuisine puisse dans certains cas exacerber un désir sensuel ? Car si on lie souvent nourriture et érotisme, c'est plutôt dans la dégustation, n'est ce pas ? Et pourtant, l'héroïne de La Cucina, avec une candeur désarmante, fait rimer cuisine avec érotisme, dans des scènes où règne une sensualité imaginative et terriblement gourmande. C'est absolument irrésistible.
Si dans ce roman l'imagination entre autant que le choix des mets dans l'exacerbation du désir, les auteurs de L'amour Gourmand évoquent, à travers les romans libertins du XVIIIème siècle, les mets comme ingrédients du plaisir. Les dîners libertins liaient avec talent la nourriture, la conversation et l'érotisme. Les séducteurs mettaient tous les atouts de leur côté, choisissant avec soin les aliments, chocolat, café, champagne, huîtres etc., supposés aphrodisiaques. Car les amoureux ne vivent pas que d'eau fraîche ! Lors de ces soupers, les plaisirs, les étreintes, la gourmandise sont un devoir, une religion dans laquelle les esprits, les corps, les bouches partagent des plaisirs sans fin.
Si les huîtres et fruits de mer sont considérés comme nourriture aphrodisiaque, serait-ce en raison de leur sexualité exacerbée ? Émissions privées, étreinte tentaculaire, amour en colonie, l'humide secret, la nage en couple, l'amour en coquille… Ah ! Il s'en passe de belles au fond de la mer, dans les profondeurs des gouffres amers et des golfes clairs. Cette jubilation sexuelle, cette joie de vivre des habitants des mondes sous-marins nous est contée dans La Sexualité d'un plateau de fruits de mer, avec un plaisir communicatif. La nature fait preuve d'une imagination fabuleuse et admirable pour permettre la perpétuation des espèces : scissiparité pour certains, hermaphrodisme semestriel pour d'autres, amours à distance, pratiques communautaires et échangisme, coït orgiastique… les homards et langoustes copulant dans la position du missionnaire semblent vraiment manquer d'imagination.
On imagine mal un repas d'amoureux sans coupes partagées, tant la dégustation du vin est empreinte de sensualité. Surtout si l'on partage ce vin si bien nommé Saint-Amour. Dans un livre d'une grande audace verbale qui titille l'imagination, les verres de son vin partagés avec un confident sont l'occasion pour une vigneronne, de raconter les heures « lestes et licencieuses » passées avec son amant. L'amour joyeux sur fond de Saint-Amour, le plaisir d'une conversation sensuelle et gourmande au rythme des gorgées de vin dégustées créent une autre forme d'exacerbation des sens.
Dans son ouvrage Petit traité romanesque de cuisine, Marie Rouannet plaide plutôt pour une exacerbation du désir. Mâcher à l'avance chaque bouchée, rêver sur les ingrédients, en avoir l'eau à la bouche rien que d'y penser, évoquer les odeurs, voila de quoi multiplier le plaisir. Et de citer Montaigne qui prône de porter les sens à leur incandescence, d'étudier, de savourer, de ruminer tout contentement pour qu'il n'échappe pas stupidement.
Cultiver le désir est un exercice auquel doivent se livrer tous les gourmets-amoureux !
Article de Ségolène Lefèvre
Bouquets de mots, bouquets de pages, voici donc une sélection de petits présents pour accompagner les valentins et les valentines bien plus que le temps d'une soirée...