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Le polar fait son cinéma (3)

Publié le 02/09/2003
On ne compte plus les adaptations d'oeuvres littéraires portées à l'écran, avec plus ou moins de bonheur. Transposer les mots en images relève en effet de la gageure : le lecteur qui a déjà lu le livre s'est projeté son propre film au filtre de l'imaginaire et l'écran de cinéma lui paraît souvent trompeur... De nombreux cinéastes se sont essayés à ce périlleux exercice, notamment dans le genre du roman policier, en voici un aperçu avec les titres ci-dessous (liste sans prétention exhaustive !).

Patricia Highsmith : L'Inconnu du Nord-Express / Mr. Ripley
En 1950, à New York, une jeune inconnue sort subitement de l'ombre avec son 1er livre, L'Inconnu du Nord-Express. Ce roman relate l'histoire d'un échange de meurtres : Guy Haines, jeune architecte, est en route pour Metcalf en vue de divorcer de son épouse. Dans le train, il fait la connaissance d'un certain Charles-Anthony Bruno. Ils engagent la conversation, qui tourne à la confidence, quand Bruno se met à suggérer à Haines de tuer sa femme à charge pour celui-ci d'assassiner son père. Le meurtre sans mobile. Le crime parfait ?

Patricia Highsmith a la chance de voir son livre acheté pour le cinéma par un réalisateur prestigieux : Alfred Hitchcock. Le personnage de Bruno est un psychopathe et son apparition au sein d'une oeuvre qui ne ressemble à rien de connu dans le genre, qui échappe même à celui-ci par une écriture obsessionnelle et sans pareille, ressemble à s'y méprendre à un tournant décisif. Highsmith ne se réfère jamais au genre lui-même : elle se moque du style, se préoccupant davantage des personnages qu'elle met en scène. Ainsi Tom Ripley, le héros apparu pour la 1re fois dans Monsieur Ripley (adapté par René Clément sous le titre Plein soleil, avec Alain Delon) possède-t-il un talent uniquement orienté vers le mal. Esthète, homosexuel refoulé, Ripley est sans doute l'une des créatures les plus fascinantes du roman contemporain. À San Remo, Rome et Venise, il déplace avec lui un sourd malaise et un sens du péché qui se manifeste par des actions illégales. La culpabilité, la cruauté mentale et la vengeance sont quelques-uns des ressorts de la fiction selon Highsmith, avec aussi un goût très prononcé pour une marginalité quotidienne qui crée souterrainement la pulsion de mort.

Outre L'Inconnu du Nord-Express d'Hitchcock et Plein soleil, on retiendra comme autres films tirés des livres de la romancière, Le Meurtrier de Claude Autant-Lara, Dites-lui que je l'aime de Claude Miller, Eaux profondes de Michel Deville ou encore Le Cri du hibou de Claude Chabrol. Mr. Ripley a fait l'objet d'une autre adaptation en 1999 par Anthony Minghella avec Matt Damon et Jude Law.

Sébastien Japrisot : Compartiment tueurs et autres romans/écrits pour l'écran
Avec Sébastien Japrisot (1931-2003) disparaît un ensorceleur à l'imagination débordante, un horloger de l'angoisse insidieuse, un prestidigitateur virtuose traversant le miroir des apparences (normal pour quelqu'un qui citait volontiers Lewis Carroll en exergue à ses oeuvres). On reste séduit et stupéfait par la vertigineuse ingéniosité de ses intrigues et l'on est aussi invariablement touché par des êtres de chair et de souffrance, rongés par la haine ou l'amour. Ses romans ont inspiré des cinéastes comme Costa-Gavras (Compartiment tueurs), André Cayatte (Piège pour Cendrillon), Jean Becker ou prochainement Jean-Pierre Jeunet (Un long dimanche de fiançailles). Et lui-même a été l'auteur de scénarios dont on se souviendra longtemps, comme Adieu l'ami (histoire de deux amis-ennemis enfermés ensemble dans une chambre forte) ou Le Passager de la pluie. Il disait : "la seule langue que je comprends, en dehors du français, est celle des images". On se rappelle dans Le Passager de la pluie (René Clément, 1969) de l'impitoyable jeu du chat et de la souris entre Charles Bronson - un policier retors - et Marlène Jobert, jeune femme victime d'un viol qui se trouve harcelée par ce policier après avoir tué son violeur. La Course du lièvre à travers les champs- adapté également par Clément - dégage un charme étrange et poétique en faisant se joindre deux histoires : celle d'enfants de Marseille jouant aux gangsters et celle de gangsters en pleine action en Amérique. Son roman le plus célèbre L'Été meurtrier, vengeance patiente d'une jeune séductrice prête à tout pour dénouer une tragédie du passé, lui vaut le Prix des Deux-Magots en 1978. Les événements y sont relatés par les principaux protagonistes, chacun apportant sa vision de la réalité, au lecteur d'assembler les puzzles et de constater que l'auteur en fait un personnage ! Le film réalisé en 1983 par Jean Becker et mettant en vedette Isabelle Adjani et Alain Souchon connaîtra le succès que l'on sait. Suprême récompense, le film récolte en 1984 quatre César dont celui de la meilleure adaptation cinématographique pour Japrisot. Louons l'initiative des éd. Denoël de réunir en un seul volume les oeuvres "policières" de cet auteur.

Gaston Leroux :  Le Mystère de la chambre jaune
Mathilde, fille du professeur Stangerson, a miraculeusement survécu à une tentative de meurtre perpétrée dans sa chambre. L'agresseur s'est volatilisé : qui est-il ? Quel est son mobile ? Et surtout, comment a-t-il réussi à sortir de la chambre jaune dont la porte était verrouillée de l'intérieur ? S'agit-il d'un fantôme ? Le reporter Rouletabille, accompagné de son ami et photographe Sainclair, se rend au château du Glandier pour élucider le mystère...

Le livre a fait l'objet d'un premier film, muet, en 1912, un autre en 1930 (réalisé par Marcel L'Herbier), avant la version la plus connue de 1948 (réalisée par Henri Aisner, avec Serge Reggiani dans le rôle de Rouletabille). Une nouvelle adaptation est sortie cette année avec une belle pléiade d'acteurs - Denis Podalydès, Sabine Azéma, Claude Rich, Pierre Arditi, Michael Lonsdale, Olivier Gourmet - le film de Bruno Podalydès est fidèle à l'esprit du roman populaire de Gaston Leroux, écrit en 1907.

 

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