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Nouvelle vague (ou Néo « néo-polar »)

Publié le 06/05/2009
Vilar, Prudon, Klotz, Pagan ou Fajardie sont des grands noms d'une vague baptisée néo-polar. Il semblerait que la génération suivante arrive aux manettes, enfants ambitieux de cette précédente génération que nous n'hésiterons pas à nommer, pour faire compliqué, Néo néo-polar
Au tournant du millénaire, une génération d'auteurs a surgi qui truste désormais les premiers rangs au rayon policier où nous vous les conseillons avec ferveur. Il faut bien dire que leurs ambitions littéraires et leurs préoccupations, éloignés de celles des mastodontes français qui la jouent à l'américaine style Grangé ou Chattam, les identifient tout de suite et peuvent inciter à les regrouper sous une bannière commune. Sans oublier cependant la génération intermédiaire qui s'est développée un peu en solitaire, élaborant une oeuvre reconnue des amateurs mais souvent boudée par les médias. C'est par eux que nous commencerons ce petit tour d'horizon.

Un constat s'impose quand on observe leur parcours, un point commun :  leur véritable dimension politique loin d'un scepticisme traditionnel, un goût pour la critique sociale qui se traduit par des histoires impitoyables, et un véritable souci d'offrir une écriture léchée et pensée.

Hervé Le Corre
A tout bordelais tout honneur pour un auteur qui a sa place réservée sur la table grâce à sa trilogie (dite bordelaise) initialement parue en Série Noire et rééditée par Pleine Page. Sort aujourd'hui Les coeurs déchiquetés chez Rivages où il retrouve ses thématiques originelles : perte d'un être proche, quête solitaire et « esseulée » du coupable. A travers le parcours d'un personnage isolé, Le Corre tente de dépeindre une société en pleine déliquescence. L'homme aux lèvres de saphir avait pu nous faire croire qu'il abandonnait ce terrain sans renoncer au politique, c'était mal le connaître.

Jean-Hugues Oppel
Fils de la Série Noire avec Zaune et Pirana matador, Oppel, qui a du sang suisse, a commencé dans la vie derrière une caméra. Il roulait plutôt, à ses débuts, sur les chemins du roman noir matiné d'aventure. Passé par la case thriller avec succès pour Six Pack, il empruntera ensuite l'autoroute risquée de la politique fiction à partir de Chaton : trilogie. Amis des chats, il en a la souplesse et la liberté qui le rendent, très heureusement, imprévisible.

Thierry Marignac
Né en 58, Marignac a vu les grands frères se fracasser sur leurs idéaux et en gardé une haine tenace du politique lui qui grandit sous Pompidou et Giscard. Jouant sur les ambiances corrompues, sur les déracinements, il prolonge très étrangement la vision à la Goodis du roman d'ambiance, comme dans Fuyards où l'enquête porte sur l'existence de l'âme slave...

Dominique Manotti 
Une des (très) rares Agrégées d'Histoire de la famille Polar. Ses études et sa spécialité, l'histoire économique, son parcours de militante active, imprègnent très curieusement son oeuvre où le social vient heurter la réalité économique. Regard impitoyable sur les années 80, ses romans règlent leur compte à la spéculation immobilière comme dans A nos chevaux, au milieu pourri du football comme dans Kop, ou au trafic d'armes (dans Nos fantastiques années fric). Difficile de trouver plus engagée qu'elle qui pratique une écriture sèche et impitoyable.

Antoine Chainas
L'homme vit en famille du côté de Nice, et travaille nuitamment à la Poste, il dit écrire avant le travail, ce qui n'est pas un aveu courant. Révélation du polar français avec Versus, un livre cru, âpre, violent, lubrique, obsédé, obsessionnel, Antoine Chainas mène de main de maître son sujet, jusqu'au bout, jusqu'à l'inacceptable, jusqu'au pire, qui est toujours à venir... Aime-moi, casanova , son  premier roman, fut pour le moins controversé dans le milieu du fait de son côté provoc (les priapiques ne sont pas monnaie courante dans ce coin où, malgré tout,...). Son tout dernier paru en février, outre son titre insortable Anaisthêsia, met en scène un monstre volontaire, flic, détesté parce qu'il assume sa laideur dûe à une blessure en service. Il sombre dans la folie et nous entraine dans son sillage délirant vers une chute fatale.

DOA
Cet acronyme, qui reste un mystère bien gardé (sont-ils deux ?), signifie Death On Arrival (langage mortuaire technique pour parler des morts survenues pendant des vols), il renvoie à un inclassable, placé dans la case «techno-polar » voire S.F. avec son premier livre Les fous d'avril, pour en être sorti aussi sec et placé du côté des terrifiants et des maléfiques avec La ligne de sang, qui n'a pas fini de vous faire suer d'angoisse.Avec Citoyens clandestins, il confirme dans une nouvelle voie : hyper documenté (notamment sur le renseignement militaire), et efficacité narrative au service d'un scénario subtil et retors. Roman d'action avec des ressorts politiques, ce texte nous mène loin. Ce que prolonge son tout dernier livre Le serpent aux mille coupures (voir notre billet sur le blog du 24 avril 2009)

Stéphane Michaka
Né en 1974, étudiant à Cambridge, il débute par le théâtre avec La Fille de Carnegie que François Guérif, le patron des polars chez Rivages l'incitera à novelliser.?Un seul roman donc et pourtant pour nous la certitude de tenir un prochain grand, héritier du roman noir auquel il rend hommage par la souplesse de son écriture et parfait meneur d'intrigues.

Caryl Férey
Breton tempétueux, Férey est un arpenteur devenu routard pour les besoins d'un Guide bien connu. Sa trilogie des antipodes lui a valu une reconnaissance réelle et nombre de prix : Haka, Utu et Zulu déclinent un univers violent au coeur d'une réalité sociale très dure, que ce soit chez les Maoris ou dans les townships sud-africains. Une veine peu  empruntée pour un auteur qui pratique l'immersion loin des bistrots bretons afin d'animer d'une vie trépidante ses oeuvres. 

Et retrouvez tous ces auteurs, et bien d'autres, dans notre blog littéraire sur Mollat.com
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