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Débats Publics (2012-2013) : « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »

Publié le 21/05/2014
L'Université Michel de Montaigne Bordeaux 3, le TnBA et la librairie Mollat organisent 4 rencontres sur la pensée contemporaine avec Joan Tronto, Luc Boltanski, Antonio Négri et Arlette Farge.Description du projet par Guillaume Le Blanc, restitutions en vidéo et bibliographies
Avec les élections de 2012, deux questions ont été posées qui sont plus que jamais les nôtres : Où en sommes-nous avec la politique ? Qu'est-ce que la politique fait du désir des gens ? Il pourrait sembler que le monde soit de plus en plus régi par la figure de l'argent, le déclin de l'État, l'accroissement des richesses de quelques-uns et l'appauvrissement de tous les autres. Le néolibéralisme n'a jamais été si puissant qu'aujourd'hui et impose sans peine son idéologie de la concurrence et de la flexibilité. Cette idéologie a toujours voulu nous acclimater avec la crise que nous connaissons depuis si longtemps. Depuis qu'Yves Montand en a célébré les vertus dans une émission télévisuelle de février 1984 sur la télévision publique, à une heure de grande écoute, intitulée « Vive la crise », nous exhortant à changer l'ordre de nos représentations plutôt que l'ordre du monde, une culture de la soumission s'est rapidement imposée et a voulu valoir comme la seule langue digne d'être articulée et prononcée à haute voix. Par cette idéologie, la crise est légitimée ou neutralisée. Et pourtant celle-ci frappe les vies de manière inégale, en fragilisant certaines plus que d'autres, en amplifiant les zones de précarité. C'est au point que vivre est devenu chose difficile. De quelle manière exister quand on est pris à la gorge par des étranglements économiques ? Que penser de celles et ceux qui souffrent dans le travail ? Mais peut-on ainsi rendre raison de toutes les expériences de vie en les réduisant à n'être que les jouets des circuits économiques les plus puissants ? Est-ce bien ainsi que les hommes doivent vivre ?

À côté des logiques des gouvernants, les gouvernés prennent la parole, agissent aussi : certains manifestent dans les rues de nos cités, d'autres restent chez eux mais n'en pensent pas moins, d'autres encore occupent des espaces publics, veulent inventer ici et maintenant de nouveaux mondes, promouvoir les partages des richesses, pousser à la gratuité de certains biens fondamentaux à la réalisation humaine. Notre monde n'est pas seulement celui de l'affirmation d'un empire de la finance. Il existe des zones dissidentes. Des normes craquent. On assiste ici et là à de nouvelles contestations des logiques financières : le mouvement mondialisé des Indignés porte au grand jour des revendications en faveur de la gratuité, de la mutualité, de l'égalité. Quand les subalternes prennent la parole, des partages de genre, de race, de classe vacillent. L'enjeu serait de faire une carte du contemporain. Comprendre où nous en sommes dans la pensée aujourd'hui pour mieux revenir sur les vies ordinaires et en explorer les logiques de servitude et de création. L'enjeu serait de plaider, au cœur de notre métropole, pour une cité des idées. Les livres circulent du théâtre vers l'université en passant par la librairie. Cette circulation est la nôtre. Les quatre conférences-débats de cette année réuniront une politiste américaine féministe, un sociologue français, un philosophe italien et une historienne française. Avec Joan Tronto en novembre, Luc Boltanski en janvier, Antonio Negri en mars et Arlette Farge en avril, ce seront quatre regards sur notre aujourd'hui, quatre perspectives du temps présent, quatre façons de répondre au vers d'Aragon, « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ». Il s'agit de voir où vont les idées, comment elles s'inventent dans la vie des gens, comment elles résistent.



Guillaume Le Blanc, philosophe, écrivain, professeur de philosophie à l'Université Michel-de-Montaigne - Bordeaux III.



ATTENTION, l'accès est gratuit mais l'inscription est obligatoire.
Les quatre rencontres se dérouleront au TnBA, salle Jean Vauthier, à 19h, aux dates précisées ci-dessous.


Renseignements et réservations :
05 56 33 36 80
billetterie@tnba.org



Iris
Joan Tronto est professeur de sciences
politiques à l'Université du Minnesota
(États-Unis). Elle est l'une des inspiratrices
aux États Unis des théories du « care »
(prendre soin). Sont disponibles en français
Un monde vulnérable. Pour une politique du
care (La Découverte, 2009) et Société du
risque ou société du care ? (PUF, 012).

« N'en déplaise aux idéologies du
néolibéralisme et de la responsabilité
individuelle, personne n'est aujourd'hui
en position de s'autosuffire. Dans cette
dépendance vis-à-vis des autres se crée
une responsabilité. »

Iris Luc Boltanski est directeur d'études à
l'EHESS et l'un des sociologues les plus
importants actuellement. Ses recherches
principales portent sur le nouvel esprit du
capitalisme et les formes actuelles de la
domination, sur l'État et les institutions,
sur la possibilité de la critique. Il a
notamment publié Le nouvel esprit
du capitalisme (Gallimard, 1990),
La condition foetale. Une sociologie de
l'engendrement et de l'avortement
(Gallimard, 2004), De la critique
(Gallimard, 2009).

« La critique consistera à montrer en quoi
l'ordre social existant ne permet pas aux
membres, ou à certains d'entre eux, de
réaliser pleinement les potentialités
constitutives de leur humanité ».


Iris Iris
Antonio Negri est philosophe. Figure
des mouvements de contestation
d'extrême gauche dans les années 1970
en Italie, il a été contraint à l'exil en France.
Il a publié de nombreux essais politiques
dont Empire co-écrit avec Michael Hardt
(2000) Multitude (2006) et Commonwealth
(2009).

« Si la démocratie moderne a été l'invention
de la liberté, la démocratie radicale, aujourd'hui,
veut être l'invention du commun ».

Iris Arlette Farge est historienne,
directrice de recherche au CNRS et
enseigne à l'École des hautes études en
sciences sociales. Travaillant notamment
sur les archives de police du 18e siècle, elle
a, dans le sillage de Foucault, donné voix
aux vies anonymes et reconstitué une histoire
du peuple. Elle a écrit avec Michel Foucault
Le désordre des familles. Lettres de cachet
des archives de la Bastille (Gallimard, 1982)…

« La parole est événement et personne dans les
élites ne veut ni le savoir, ni l'entendre, ni
surtout le croire ».

Joan Tronto – 29 novembre

Luc Boltanski – 30 janvier

Antonio Negri – 27 mars

Arlette Farge - 22 mai

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