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Jean Baudrillard 1

Publié le 07/03/2007
Le sociologue et philosophe Jean Baudrillard est mort, mardi 6 mars, à Paris. Il avait 77 ans.
Voici encore une des grandes figures intellectuelles françaises qui s'éteint. Jean Baudrillard aura marqué le monde des idées de la seconde moitié du XXeme siècle par la nouveauté de ses analyses et le ton provocateur sur lequel elles étaient publiées.

Germaniste de formation, Baudrillard s'est ensuite orienté vers la philosophie et a soutenu, en 1966, une thèse intitulée Le système des objets. A mi-chemin entre philosophie et sociologie, Jean Baudrillard optera pour la seconde. Proche d'Henri Lefèbvre, sous la direction duquel il a soutenu sa thèse, le sociologue s'intéresse alors aux signes de la vie quotidienne et à ce qu'en fait la société.

Dans cette époque passionnée d'idéologies, Baudrillard se singularise par son refus de tout dogme et sa méfiance à l'égard des systèmes construits. Ce sont à ses yeux des simulacres, systèmes de signes masquant le réel des choses, par définition inaccessible.

Loin du marxisme orthodoxe, méfiant à l'égard des nouvelles lectures trotskistes et maoïstes, on le voit se rapprocher de Guy Debord et des situationnistes. Il est vrai que les simulacres, comme le spectacle, nous font manquer l'essence ultime de la réalité. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles on le verra se tenir à distance de mai 68 : comment fonder une nouvelle théorie du politique si l'on considère le concept même du société n'est qu'une illusion ?

Durant les années 70, Jean Baudrillard publie ses ouvrages les plus essentiels. Après Le système des objets, version publique de sa thèse de doctorat, parue en 1968, il publie La société de consommation en 1970, puis Pour une critique de l'économie politique du signe (1972). Viennent ensuite L'échange symbolique et la mort (1976) et De la séduction (1979).
Tout le Baudrillard théoricien se trouve déjà là (ou presque). Du signe comme simulacre au Potlach comme forme du don en passant par la séduction (ou présentation des simulacres), les principaux concepts qui vont faire connaître le sociologue et donner à ses écrits un retentissement mondial sont décrits dans ces livres.

Les années 80 verront donc émerger Baudrillard en star internationale. Brillant, séduisant, attentif et ardent débateur, ses interventions dans les universités et autres colloques de part le monde seront des plus courues. Ce passionné d'actualité se fait aussi commentateur de son temps dans la série des Cool Memories (5 volumes) qui le fait connaître d'un public plus large qu'auparavant.

C'est aussi le temps de la naissance du Baudrillard polémiste, dont on avait eu un petit avant-goût avec Oublier Foucault et L'Effet Beaubourg qui ne sont pas parmi les meilleures œuvres de l'intellectuel. En 1991, il publie La guerre du Golfe n'a pas eu lieu dans lequel il démontre, système à l'appui, que cette "guerre" est de fait un simulacre orchestré par des médias instrumentalisés. Certains commentateurs voient là l'émergence d'un antiaméricanisme primaire, ce qui est pour le moins étonnant de l'auteur d'Amérique... Cette veine se poursuivra au lendemain des attentats du 11 septembre avec Power Inferno, un recueil d'articles et de chroniques sur le terrorisme moderne et ce « Bien » dont Baudrillard se méfiait tant.

Qu'il ait séduit ou agacé, passionné ou révolté, Baudrillard n'en est pas moins l'un des plus grands fabricants de pensée de ce dernier demi-siècle. De toutes les révolutions, présent à l'événement et attentif au monde, il savait poser sur lui un œil sincère et questionner le siècle, juste là où ça fait mal. Peu importe alors que ses réponses ne fussent pas toujours pertinentes, il eut au moins le mérite de nous donner à penser.
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