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Elémentaire, mon cher Watson !

Publié le 04/02/2010
Un an après le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Conan Doyle (1859-1930), son héros est toujours à l'affiche puisque sort en salles le 3 février « Sherlock Holmes », un film qui promet une énième version (modernisée, paraît-il) des aventures d'un des premiers et plus populaires détective privé de notre littérature de genre. Une vitrine consacrée à ce prolifique personnage et ce dossier sont l'occasion de revenir, à notre manière, sur les origines, la vie et les œuvres de ce mythe toujours bien vivant.

Pour donner vie à Sherlock Holmes, Conan Doyle qui avait suivi les cours du professeur Joseph Bell, s'est rappelé de la rigueur scientifique de ce pionnier de la médecine légale et des expertises balistiques : tel un observateur et analyste des âmes et des corps à l'affût de tout indice, Sherlock saura grâce à sa fameuse méthode déductive soupçonner un individu à la seule vue de son comportement, de ses vêtements ou accessoires. Influencé par les romans à énigme de ses prédécesseurs inventeurs du genre policier, comme Emile Gaboriau ou Edgar Alan Poe, Conan Doyle va contribuer à créer un premier modèle du détective privé à l'anglaise qui inspirera lui-même des générations de romanciers. Malgré un succès qui tarde au départ, cette « machine à observer et à raisonner la plus parfaite de la planète » qu'est Sherlock selon son associé le Docteur Watson devient rapidement une légende, y compris pour ceux qui n'ont pas lu une ligne de ses enquêtes, grâce à l'archétype rendu célèbre par le cinéma puis la télévision qui se sont emparé du duo jusqu'à la caricature, puisque l'accoutrement typiquement british tout comme la formule « Elémentaire, mon cher Watson » n'ont jamais véritablement fait partie des romans.

Pourtant, le personnage mondialement connu colle tellement à la peau de son auteur que Conan Doyle, aveuglé par sa haine envers son personnage de papier en vient lui-même à... tuer Sherlock Holmes dans Le problème final (1893) en même temps que son terrible ennemi, le professeur Moriarty ! En 2008, Pierre Bayard s'est attaqué avec brio et malice à ce « complexe de Holmes » dans une investigation littéraire qu'il nomme « critique policière » : tout en démontrant que Sherlock Holmes s'était totalement trompé de coupable, puisque la véritable victime n'est autre que l'enquêteur lui-même. L'universitaire et psychanalyste démonte le mythe de la création littéraire en s'intéressant, à travers la contre-enquête intitulée L'affaire du chien des Baskerville (Minuit), aux enjeux inconscients sous-jacents à la période de hiatus entre la mise à mort de la créature par son créateur et sa résurrection. Ce véritable meurtre psychique ne demeure pas longtemps impuni puisque les brassards de deuil portés réellement en mémoire du héros et les nombreuses réactions d'admiration et de protestation incitent l'auteur à reprendre du service : si Conan Doyle remet en scène Sherlock une première fois mais près de dix ans après dans Le chien des Baskerville (1902), il le fait définitivement réapparaître dans le recueil Le Retour de Sherlock Holmes (1903-1904).

Malgré la mort de Conan Doyle en 1930 qui mettra fin à l'œuvre originale comptant au final quatre romans et pas moins de cinquante-six nouvelles écrits entre 1887 et 1927, le mythe a la peau dure puisque de nombreux pastiches, parodies, continuations de toutes sortes, d'intérêt et de succès inégaux vont immortaliser à jamais le détective privé. Citons, pour les plus classiques des réécritures, Arsène Lupin contre Herlock Sholmès sous la plume de Maurice Leblanc ou le clin d'oeil d'Umberto Eco dans Le nom de la rose (le nom du héros est Guillaume de Baskerville). Depuis 1971, le romancier René Reouven porte à la connaissance d'un public toujours amateur ses aventures soi-disant cachées sous l'intitulé d'un vaste cycle, Histoires secrètes de Sherlock Holmes : un régal de pastiche !

Bob Garcia s'en est inspiré à deux reprises : dans Le Testament de Sherlock Holmes, il imagine son ultime enquête et dans Duel en enfer (prochainement chez J'ai lu ) il met en scène la confrontation de Holmes avec Jack l'Eventreur, deux personnages populaires envers lesquels la postérité a toujours fantasmé sur leur possible existence réelle, ou leur statut purement fictionnel. En effet, la science « holmésienne » (ou « holmésologie ») controversée mais qui compte toujours de nombreux adeptes dans le monde entier, prétend non seulement que Sherlock a bel et bien existé, Watson lui servant de biographe (ce dernier sert il est vrai souvent de narrateur relatant dans ses carnets les fameuses enquêtes de son ami), mais que Conan Doyle n'aurait été qu'un agent littéraire… Dans Conan Doyle détective.
Les véritables enquêtes du père de Sherlock Holmes (éd. Du Rocher), Peter Costello opère une petite révolution biographique en révélant que, contrairement à la légende (Holmes serait inspiré du Dr Bell et le Docteur Watson de Conan Doyle, lui-même médecin), Doyle serait plus proche de Holmes dans son goût pour le sport et l'esprit d'aventure tel que semble le montrer le film de Guy Ritchie actuellement à l'affiche.

Si la figure du détective privé a considérablement évolué depuis un siècle et demi, les amateurs de déduction policière peuvent faire confiance à la fortune littéraire du personnage de Sherlock !
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