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Pierre Judet de La Combe - Quand les dieux rôdaient sur l...

Une exploration des tensions et des contradictions constitutives des grands récits mythologiques.
Pierre Judet de La Combe vous présente ses ouvrages "Quand les dieux rôdaient sur la Terre" et "Quand les dieux rôdaient sur la Terre. Vol. 2" aux éditions Albin Michel et France-Inter. Entretien avec Patrice Brun.

Bernard Bénoliel et Jean-Baptiste Thoret - Road Movie, USA

Traverser l'espace pour comprendre l'histoire : quand la route devient le miroir politique et social d'une nation.
Bernard Bénoliel et Jean-Baptiste Thoret vous présentent leur ouvrage "Road Movie, USA" aux éditions Magnani. Entretien avec Pierre Coutelle.

Coups de cœur des libraires

Human computers : une histoire de l'informatique laborieuse. - RYBN.org

(Télé)travailleurs, unissez-vous !

Work Hard. Have Fun. Make History.
Slogan affiché dans les entrepôts d’Amazon.


On arrête pas le progrès.
Cette expression, à l’origine très floue, n'a jamais été aussi vraie. Mais la marche inévitable du progrès, si​ elle annonçait il n'y a pas si longtemps la venue de la modernité, sonne maintenant l'avénement plus amer des géants de la Tech, architectes d’un futur dystopique (si le présent ne l’est pas déjà) toujours plus contrôlant, totalitaire. L'influence de la Silicon Valley ne touche encore que partiellement les sphères étatiques, les employé·es et travailleurs sont déjà les victimes de cette conception du corps libertarienne infusée au technicisme.
Et si les échos funestes de l’actualité pressent à l’urgence et l’inquiétude, ces idées et applications ne sont pourtant pas nouvelles. Faire l’historique de ces pratiques, c’est tout le travail du nouveau livre du collectif RYBN, Human Computer : une histoire de l’informatique laborieuse chez les éditions UV.
Groupe artistique polyvalent et protéiforme, RYBN.org font de leurs installations autant de manière d’observer la société libérale et techniciste, d’en souligner les dysfonctionnements, quand l’intervention n’est pas le propre de l’oeuvre : ateliers de déconstruction d’ordinateurs pour comprendre quel poids de production à chaque pièce, faux tests de Turing, dépôt de brevet de technologies futuristes pour en empêcher la conception, propagation d’algorithmes et programmes permettant de contourner de manières plus ou moins astucieuses les bosswares des employés en télétravail, ces logiciels intrusifs scrutant l’activité sur vos écrans.
Avec Human Computer, RYBN refait l’historique de l’invisibilisation du travail manuel par la machine et l’algorithme. Des premiers bureaux de calculatrices (ces femmes payées une misère pour effectuer des calculs pour certains laboratoires), aux faux-algorithmes de pilotage automatique (en fait dirigés par un vrai humain en coulisse), le portrait fait d’un milieu de la Tech tout en simulacre, écrans de fumée et mise en scène oscille entre le ridicule et l’inquiétant. Savamment présenté et sourcé, le livre raconte en fait le productivisme inhumain, technophile et eugéniste, aliénant, à la conception mécaniste du corps, les bras comme des pistons, la fatigue comme une panne moteur.
En faisant du slogan d’Amazon le plan d’articulation du texte (“Work Hard. Have Fun. Make History.”, mantra affiché dans tous les entrepôts de la multinationale), Human Computer devient une étude médiarchéologique aussi passionnante que révoltante sur le bien que ces entreprises nous veulent. Contre le taylorisme, le management, l’éternel mythe de l’automatisation, la surveillance, la censure et le rendement, RYBN propose en fin d’ouvrage six ateliers à mettre en place pour mobiliser son entourage, comprendre et faire comprendre les enjeux liés à la technologie, et toute l’ampleur que ces problématiques ont au quotidien.

Les 50 ans du Punk de A à Z

Et oui le Punk a 50 ans. Choquant non ? Pour un mouvement qui devait déclarer le futur facultatif pour ne pas dire inexistant.
Aujourd'hui le "mouvement" semble toujours présent et vivant . Il est vrai que la nostalgie bat son plein dans les medias pour des raisons évidentes et qualitatives diront certains quand d'autres évoqueront le côté purement commercial.
Avec "Les 50 ans du punk de A à Z", Francis Dordor et Jean-Éric Perrin nous embarquent dans une balade aussi foutraque que passionnante. On y croise les déflagrateurs anglais que sont The Damned, The Clash, the Stranglers, les Sex Pistols bien sûr mais aussi la scène américaine représentée par les Ramones, MC5, Iggy Pop et The New York Dolls. Et surprise, nos "frenchy" ne sont pas oubliés: les Starshooters, les Dogs, Metal Urbain et Kas Product (même si certains n'étaient pas très intéréssé par la langue française).
Le livre est très bien documenté, la mise en page est claire avec de superbes photos plutôt originales. Et quel plaisir nostalgique (pour certains) de retrouver ces pochettes de 45t, ces fanzines improbables et bordéliques "Punk" ou encore "Sniffin Glue", ces lieux magiques et moisis de transpiration et d'odeur de tabac où l'on pouvait croiser avec un peu de chance (ou malchance) les illuminés de la nuit qu'étaient Patrick Eudeline, Marie France ou bien Alain Pacadis.
Tout une époque, toute une représentation nihiliste du monde. Le Punk a 50 ans et pourrait en avoir 5 . Toujours d'actualité.

A la table de la Bonne Mère - Mahéva Angelmann

Pour les galavards qui savent que la meilleure table se trouve à Marseille.

Soupe au pistou, aïoli, bouillabaisse et navettes... Sublimez votre été avec la cuisine provençale de Mahéva Angelmann. Figure populaire de la cité phocéenne, elle propose 80 recettes qui font le charme de la gastronomie marseillaise. Une déclaration d’amour ensoleillée accompagnée de nombreuses photographies qui rendent un bel hommage à cet univers pagnolesque.

Bienvenue en 2055 dans un monde neutre en carbone, Magali Reghezza-Zitt, éditions du Seuil

“La catastrophe n’est jamais certaine et le futur n’est pas écrit.” Dans un essai particulièrement ingénieux et percutant, l’éminente géographe Magali Reghezza-Zitt nous propulse en 2055. La France a réussi sa transition écologique et l’autrice se retourne sur le chemin parcouru : au final, nous...
“Nous avons dû faire face à des événements climatiques d’une ampleur inimaginable, modifier nos modes de vie pour intégrer la chaleur, le manque d’eau ou la perturbation des saisons.”

En 2055, le monde porte les stigmates de la révolution industrielle et de 40 ans d’inaction climatique. Loin des récits dystopiques de la catastrophe, la vie a malgré tout changé notamment en France et la génération née en 2026 ne connaîtra pas la douceur du climat que nous avons connu. Mais le réchauffement est contenu, la terre est viable et les humains ont saisi la possibilité de s’adapter… pour le meilleur.

Comment en sommes-nous arrivés là ? En étant sur le point de réaliser la neutralité carbone, c'est-à-dire en produisant moins de CO2 que ce que notre planète peut absorber. Même si nous connaissons ce qu’implique une concentration massive de gaz carbonique dans l’atmosphère ainsi que les conséquences en termes de santé, d’économie et d’inégalités, le défi est énorme pour nos sociétés basées sur l'énergie fossile, mais loin d’être impossible.

Et c'est en cela que le livre est extraordinaire d’intelligence : en nous positionnant au point d’arrivée, la géographe regarde avec le recul du “passé” les débats qui secouent de nos jours nos démocraties, les blocages, qu’ils soient sociétaux, politiques, ou économiques, dans un climat d’anxiété autour de cette transition nécessaire et même vitale.

“En 2055, la neutralité carbone nous a appris qu’ajuster nos besoins à la disponibilité des ressources était la condition de notre liberté, de notre dépendance et de notre survie.”

A travers les choix qui ont donc été faits, Magali Reghezza-Zitt parcourt toute la palette des solutions passionnantes à découvrir ou se remémorer - un armement intellectuel par ailleurs très efficace.
Mais elle nous donne surtout à voir une société apaisée et consciente de ses choix. L’écologie peut-elle nous faire rêver? Est-elle un mal nécessaire ou une raison d’espérer? Celle qui fut membre du Haut conseil pour le climat pendant quatre ans a pu constater que le discours scientifique n’est pas suffisant pour convaincre au changement. Il est nécessaire et urgent de réapprendre à parler du futur, de le réenchanter et de défendre ce projet de société démocratiquement.

Loin de l’effondrement annoncé, Bienvenue en 2055 dessine les contours d’une véritable utopie. Un livre rare.

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