Les éditions de l'Eclat rééditent trois entretiens avec John Coltrane menés par Michel Delorme, entre 1962 et 1965, ainsi qu'une lettre du musicien adressée à Don DeMichael (éditeur de la revue DownBeat).
Par ces échanges, l'auteur de "Blue Train" révèle la manière dont il construit ses longs solos. Il évoque ses liens avec Eric Dolphy, le seul soliste pour lequel il éprouva une entière satisfaction. Il donne quelques conseils aux jeunes musiciens, leur rappellant que l'enthousiasme est certainement l'une des choses les plus importantes. Le musicien américain revient également sur ses choix entre saxophone ténor et saxophone alto, tout en donnant des précisions sur les différentes périodes créatrices qu'il a connues (période "accords" avec Giant Steps notamment, période "modale" avec My Favorite Things par exemple). Coltrane explique : "il y a beaucoup de musique modale qui est jouée chaque jour de par le monde. Elle est particulièrement évidente en Afrique, mais, que vous vous tourniez vers l'Espagne ou l'Ecosse, vers l'Inde ou la Chine, c'est encore elle que vous retrouvez à chaque instant. Si vous voulez bien regarder au-delà des différences de style, vous constatez qu'il existe une base commune. Ça, c'est très important. Certes, la musique populaire de l'Angleterre n'est pas celle de l'Amérique du Sud, mais ôtez leurs caractéristiques purement ethniques, c'est-à-dire leur aspect folklorique, et vous vous trouverez en présence d'une même sonorité pentatonique, de structures modales comparables. C'est cet aspect universel de la musique qui m'intéresse et m'attire, c'est vers lui que je veux aller." Avec ces entretiens, il éclaire aussi le lecteur sur son rapport au public et sur les choses qu'ils souhaitaient atteindre. "Je voudrais en arriver au point où je pourrais appréhender l'essence d'un instant précis en un endroit déterminé, composer l'oeuvre et la jouer sur le champ d'une façon naturelle".