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Débats publics (2013-2014) : « Pourquoi des penseurs en temps de crise ? »

Publié le 24/06/2014
Dans la continuité du cycle « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » initié la saison dernière, quatre rencontres sur la pensée contemporaine sont organisées par l'Université Michel de Montaigne Bordeaux 3, le TnBA et la librairie Mollat : Carlo Ginzburg le 23 octobre 2013, Dominique le 11 décembre 2013, Axel Honneth le 4 février 2014 et une grande Nuit des idées le 23 mai 2014.
Il semblerait que nous n'en finissions jamais avec la crise. Elle est diagnostiquée comme notre seul horizon, comme notre unique perspective, et partout où nous regardons, ce ne sont qu'indicateurs économiques en berne, licenciements, délocalisations. Pouvons-nous nous réclamer d'une autre perspective ou sommes-nous définitivement condamnés à l'adaptation, au repliement mélancolique, à la persistance d'un temps de tristesse ? Déjà, le poète Hölderlin s'était demandé en plein 19e siècle « pourquoi des poètes en temps de crise ? ». Et cette question, voilà que nous avons à la faire nôtre à notre tour, en la soumettant également aux penseurs, voilà que nous devons en faire une difficulté pour la pensée. La pensée est-elle libre de son temps ou doit-elle l'ausculter, le traquer pour nous en libérer ? Est-elle elle-même une pensée de crise, une pensée en crise ? Le statut du penseur est sans doute moins aisé à identifier aujourd'hui qu'hier. S'il logeait autrefois dans des espaces professionnels consacrés, le voilà maintenant, errant parmi les errants, précaire parmi les précaires, jamais certain d'engager les autres quand il parle en son nom, s'efforçant de construire des vérités situées au risque qu'elles perdent en autorité. La crise n'est pas extérieure à la pensée mais la constitue comme épreuve pour notre présent, comme chance pour lui. Nous avons à inventer les pensées de notre présent, celles qui sauront le reconstruire en énigme plutôt qu'en fatalité, en suite de possibilités plutôt qu'en destin. Car les pensées n'ont jamais été aussi vives, virevoltantes, elles inventent des postures critiques inédites qu'il nous faut suivre joyeusement sans nous en laisser rabattre par la chape morose de la crise qui pèse sur nous comme un ciel bas et sans espoir. Les unes démontrent que l'Europe est désormais une province du monde et non son centre. Les autres mettent en cause la stabilité naturelle de l'humain et explorent les labyrinthes artificieux, tous les dispositifs technologiques qui nous construisent comme humains d'un certain genre. Ou alors elles s'emploient à restituer la cartographie des capacités fondamentales sans lesquelles aucune vie ne tient, en s'efforçant de les rapporter à des droits humains primordiaux. Dans toutes ces pensées, une même insistance vers l'égalité, femme-homme, autochtoneallochtone.

Il semblerait que la capacité critique soit désormais partout présente, dans la tête des gens, dans le corps des gens, connectée à la perception qu'il y a bien des défauts dans le réel, des choses qui sont et qui ne vont pas, des éléments de puissance qui rendent les vies plus impuissantes, des formes hégémoniques de richesse qui font les existences plus misérables, des refus de partage du travail, du vote qui nous obligent encore un peu plus à vivre en temps de crise. Et si la critique était un remède à la crise ? Et si la réinvention des Lumières passait, en l'un de ces territoires qui l'a fait naître ici à Bordeaux, mais aussi ailleurs, dans notre local à nous et dans le global de toutes les vies, par le réarmement de la critique ? Nous avons à réinventer nos Lumières du 21e siècle. C'est notre tâche, en tant que citoyens-penseurs. Nous avons à faire la critique de la crise, des catégories qui la soutiennent et en font une idéologie de la morosité. C'est ce à quoi s'emploieront les trois penseurs qui viendront cette année, de lieux et de disciplines différents, et dont les figures internationales sont depuis longtemps avérées :


Guillaume Le Blanc
philosophe, écrivain
professeur de philosophie à l'université Michel-de-Montaigne-Bordeaux 3



23 octobre 2013 - Carlo Ginzburg, historien italien, inventeur de la micro-histoire qui s'entretiendra avec nous, repartant de l'histoire italienne contemporaine, des risques du discours de l'identité comme remède mortifère à toutes les crises ;
11 décembre 2013 - Dominique Méda, sociologue et philosophe, qui donnera sens aux réflexions contemporaines sur la décroissance, en s'interrogeant plus particulièrement sur le sens du passage d'une économie des quantités à une économie de la qualité ainsi que sur la répartition contemporaine des richesses, avec à la clef la possibilité d'un travail décent ;
4 février 2014 - Axel Honneth, philosophe allemand, directeur de l'Institut de recherches sociales de Francfort, qui réfléchira sur les relations périlleuses entre démocratie et capitalisme et sur les injustices sociales contemporaines.
L'année se terminera en apothéose avec la création, festive et irraisonnée, d'une Nuit des idées qui se tiendra le 23 mai 2014 et dont la fonction sera de créer collectivement, sous formes de débats, lectures, d'écritures vivantes, de performances intellectuelles, le « shaker » dont nous avons tant besoin pour mélanger nos idées dans tous les sens, quitte à aller au bout de la nuit.

Retrouvez la playlist regroupant toutes les vidéos réalisées durant la Nuit des Idées 2014 sur la chaîne Youtube Mollat en cliquant ici.

23 octobre 2013 : Carlo Ginzburg

11 décembre 2013 : Dominique Méda

4 février 2014 : Axel Honneth

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