L’histoire environnementale s’intéresse aux rapports sociaux que les êtres humains entretiennent avec le monde qui les entoure.
Lorsqu’elle émerge au début des années 1970 aux États-Unis, la discipline s’intéresse aux échanges de matières qui ont suivi l’arrivée de Christophe Colomb aux Amériques : tandis que la pomme de terre ou le maïs américains du « Nouveau monde » enrichissaient l’agriculture de la « vieille Europe », la variole, la grippe et quantité d’autres microbes décimaient les habitants des Amériques, devenant le meilleur allié des colons européens. Les historiens indiens ont ensuite décrypté, dans les années 1980, les liens entre écologie et impérialisme : les colons britanniques mettaient les forêts, les sols et les animaux au service de l’expansion impériale, et les colonisés indiens en faisaient, eux, des instruments de résistance au pouvoir européen. Puis, dans les années 1990 et 2000, l’histoire environnementale s’est mondialisée : en Amérique latine, elle s’est intéressée, du XVIe siècle au temps présent, à la transformation de la forêt tropicale en terres de cultures et de pâtures nourrissant le monde ; en Asie, aux liens entre changements économiques et changements politiques ; et en Europe, en France surtout, à l’extraction et la dégradation du monde naturel qui ont donné corps aux sociétés urbaines et industrielles que l’on connaît.
Au fil de cette évolution, les historiens de l’environnement ont abandonné le prisme de la destruction et désormais, ils s’intéressent aux rapports sociaux à l’environnement dans leurs dimensions institutionnelles, culturelles et matérielles. Objet institutionnel, l’environnement désigne un territoire à saisir, et contrôler. Objet culturel, il renvoie aux représentations diffusées dans l’espace public pour imposer les (bons et mauvais) usages de la nature. Et comme objet matériel, l’environnement désigne alors une ressource à exploiter, détruire ou protéger.
C’est là toute la richesse de l’histoire environnementale. En se focalisant sur la façon dont les sociétés transforment la nature, et sur les luttes de pouvoir qui s’ensuivent pour organiser cette transformation, l’histoire environnementale peut raconter un passé grâce auquel transformer notre présent.

