De la Negro History Week au Black History Month
Dans l’effervescence des années 1920 où les big bands de jazz déferlent sur la scène musicale et devient un puissant vecteur d’émancipation autour de grands artistes comme Duke Elligton, au moment où la littérature afro-américaine renaît dans le quartier d’Harlem et s’ouvrent à un lectorat en dehors du public noir, l’idée d’écrire et de diffuser l’histoire des Noirs absente du récit national émergent dans l’esprit de plusieurs intellectuels et pasteurs afro-américains.
Il y a 100 ans, en février 1926, l’Association for the Study of African American Life and History, fondée par l’historien afro-américain Carter G. Woodson et le pasteur Jesse E. Moorland, lance ainsi la Negro History Week, une semaine destinée à développer l’enseignement de l’histoire des Noirs dans les écoles primaires. Cette manifestation est suivie par plusieurs Etats et municipalités ainsi que par quelques églises. Des clubs autour de l’histoire des Noirs sont également créés. Pour Woodson, il faut « étudier cette histoire, et l’étudier avec la certitude que nous ne sommes pas, après tout, un peuple inférieur, mais simplement un peuple qui a été retenu en arrière, un peuple dont le progrès a été entravé. Nous allons revenir à cette histoire magnifique et cela nous inspirera de nouveaux accomplissements. »
À la suite du Mouvement pour les droits civiques, cette manifestation est reconnue officiellement en 1976 par le gouvernement américain et par le président Gérald Ford. Elle s’étend désormais à tout le mois de février.
Chaque année, les Américains sont ainsi invités à assister à « des pièces de théâtres et des parades déguisées, des conférences et des discours […] des concerts et des chorales, des compétitions oratoires, des concours artistiques, des lectures de poèmes, des expositions, des circuits touristiques, des programmes radiophoniques et télévisés spéciaux » (Nicolas Martin-Breteau, Le Black History Month, réhabilitation historique, reconnaissance politique, article dans La vie des idées, 2015).
Le Black History Month dans le monde
Depuis un demi-siècle maintenant, plusieurs pays du monde ont intégré officiellement dans leur commémoration annuelle le Black History Month. C’est le cas de la Grande-Bretagne en 1987 puis de l’Irlande plus récemment (célébré au mois d’octobre), du Canada en 1996. En 2020, le « Black History Month Africa » est célébré pour la première fois sur le continent africain, dans sept pays : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Comores, Côté d’Ivoire, Sénégal, Tchad.
En France, la loi Taubira de 2001 est un moment important pour la reconnaissance de l’histoire des Noirs. La République française reconnaît que la traite négrière et l’esclavage constituent des crimes contre l’humanité et inscrit dans la loi la place que doit avoir l’histoire de ces crimes dans les programmes scolaires. Cela a permis de multiplier les débats sur la question et les travaux scientifiques sur l’esclavage, la colonisation et l’histoire de l’immigration. Le lancement du premier Black History Month en 2018 par l’association bordelaise Mémoires & Partages fondée par Karfa Diallo est une étape de plus dans cette reconnaissance de l’histoire et des cultures noires. Chaque année, ce mois de commémoration est consacré à une thématique. En 2022, le Black History Month a ainsi célébré la vie de Joséphine Baker. En 2026, ce sont les héritages afro-andins qui sont au centre des commémorations. Cette manifestation s’est étendue ensuite à plusieurs villes françaises.