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Alicaments et Diététique

Publié le 30/09/2009
La peur est dans nos assiettes. C'est la conséquence logique des différentes crises alimentaires mais aussi des désordres physiques et des maladies de notre civilisation de trop bien nourris ou de mal nourris. A cela s'ajoute les réflexions provoquées par les débats soulevés lors du Grenelle de l'environnement qui poussent les mangeurs du XXIème siècle à désirer manger sain et bon. La santé dans l'assiette est devenue une nécessité.
Il semble alors tout naturel de se tourner vers une diététique, du grec diaitétikos qui signifie initialement tout ce qui concerne le genre de vie mais qui désigne aussi  la science des prescriptions médicales.

De cette définition nos contemporains ne semblent avoir retenu surtout la deuxième partie et nombre d'entre eux compensent les désordres d'une mauvaise alimentation par des compléments alimentaires et des alicaments.

Les alicaments, un mot inventé en combinant aliment et médicament, sont censés réduire les risques de certaines maladies. Ils existent dans la plupart des aliments que nous consommons et certains aliments en sont plus riches : tous les produits non transformés et les fruits et les légumes verts et frais qui possèdent des nutriments essentiels pour notre organisme. Les nutriments sont l'eau, les sucres, les graisses, les protéines, les fibres, les sels minéraux, les vitamines et oligo-éléments présents dans les aliments. Une alimentation saine et variée à base de produits frais est riche en nutriments naturels.

Les alicaments qui font le bonheur des industriels de tout poil sont d'excellents arguments marketing envers des consommateurs à la recherche de la meilleure forme possible ou ceux qui se sentent mal dans leur corps. Aliments enrichis en oméga-3, en bifidus actifs, en vitamines et oligo-éléments, en pro biotiques, ils sont censés nous faire du bien selon les annonceurs. Les compléments alimentaires, concentrés de nutriments parfois associés à des extraits de plantes, des enzymes ou des hormones, doivent compenser les manques d'une alimentation déséquilibrée. On se donne bonne conscience  mais cette forme d'automédication  n'est pas sans danger Les doses des alicaments ou des compléments alimentaires, sont plus élevées que ceux que l'on trouve dans les aliments naturels,  leur prise régulière peut entrainer des surdosages qui ne sont dans sans risques pour  la santé. La prudence s'impose donc. Et plutôt que de compenser une malbouffe par les alicaments ou compléments alimentaires, il conviendrait sans doute de revenir vers du bon sens.

Avoir quotidiennement une bonne hygiène alimentaire semble beaucoup plus raisonnable. Hippocrate fut le premier à initier cette science en proclamant qu'on se maintenait en bonne santé en mangeant. Il prôna  une alimentation équilibrée permettant de se maintenir en bonne santé et utilisa même tous les aliments solides et liquides ainsi que les plantes pour  soigner les désordres ou maladies. Diététique et cuisine furent les piliers de la médecine européenne jusqu'à l'arrivée des médicaments chimiques et le restent encore pour les médecines traditionnelles en Chine et en Inde. En ce début de XXIème siècle, après avoir expérimenté toutes sortes de régimes, on redécouvre les vertus d'une alimentation qui vise à respecter les équilibres physiques naturels. En Europe, ce sont les vertus du régime crétois qui ont été vantées les premières avant que l'on ne découvre la cuisine chinoise ou ayurvédique qui mettent en évidence les bienfaits de certains aliments sur le bien-être et le maintien en bonne santé. La diététique est  devenue un savoir populaire qui se transmet de génération en génération. Le goût donne le savoir qui permet de bien cuisiner. Les associations d'aliments et les cuissons ont une importance primordiale. Toute cuisinière est une sorte de praticien qui soigne son entourage par ses plats. La santé par la saveur est un credo plutôt séduisant. On part à la recherche d'aliments sains et naturels, on élimine tout ce qui peut apporter des toxines à l'organisme. Beaucoup plus séduisant que la mode des alicaments.

Jamais il n'y a eu autant de variétés de produits alimentaires, jamais il n'y a eu une telle sécurité alimentaire et jamais nous n'avons autant eu peur de nos aliments. Jamais il n'y a eu autant de livres de recettes et d'ouvrages sur l'alimentation et jamais non plus on n'a si peu cuisiné. Une valse hésitation envers la nourriture qui est si essentielle pour nous maintenir en vie : un bel exemple des contradictions humaines.

- Ségolène Lefèvre
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